L’étau se resserre pour les journalistes en Iran. Dimanche et lundi, des agents en civil du Ministère des renseignements ont procédé à des perquisitions au siège de quatre quotidiens réformateurs à Téhéran, Etemad, Arman, Shargh, Bahar, et de l’hebdomadaire Aseman. Ils ont embarqué 12 journalistes, indique Reporters sans frontières, qui demande leur libération immédiate et sans condition. Selon l’agence officielle iranienne Mehr , les journalistes ont été arrêtés pour leur «collaboration avec des médias étrangers anti-iraniens de langue persane».

Cette nouvelle rafle fait partie d’une vaste campagne du régime iranien contre les médias, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. La pression s’accroît depuis le début de l’année. Plusieurs journalistes ont subi des interrogatoires, qui portaient essentiellement sur leurs intentions de vote lors de la prochaine élection présidentielle prévue en juin. Et, depuis un an, en réaction au renforcement des sanctions internationales qui frappent le domaine des télécommunications et limitent les moyens de communication et de diffusion de la propagande de la République islamique, le régime a engagé des représailles contre les médias étrangers, note Reporters sans frontières.

Crainte d’une «vague verte»

Les autorités deviennent nerveuses à mesure qu’approche ce scrutin. «Ils ont encore en mémoire les événements de 2009», souligne Kianoush Ramezani, un dessinateur de presse iranien exilé à Paris. Cette année-là, la «vague verte», du nom du mouvement de révolte contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, entraînait des milliers d’Iraniens dans les rues de plusieurs villes du pays. «Depuis, ils tentent d’arrêter la moindre voix, même la plus petite», ajoute Kianoush Ramezani.

La plupart des journaux visés cette fois par les autorités ont été créés sous le pouvoir de l’ancien président Mohammad Khatami, (entre 1997 et 2005), considéré comme un réformateur qui prônait la liberté d’expression. Ils sont désormais plus que jamais sous le coup de la censure. Mais, estime Kianoush Ramezani, les autorités «ne se préoccupent pas des journaux, ils veulent surtout atteindre les journalistes susceptibles d’établir des liens avec des médias à l’extérieur du pays, tels que BBC en persan».

Extrêmement populaire dans le pays, cette chaîne d’information continue, diffusée par satellite, est regardée par plus de 7 millions d’Iraniens en dépit de la censure. Téhéran l’accuse de participer au «complot» occidental pour déstabiliser le régime iranien, au même titre que d’autres médias étrangers offrant leur programme en persan, comme Voice of America et Radio Free Europe/Radio Liberty’s Radio Farda.

Paris a condamné hier les nouvelles arrestations, qualifiées d’«entraves inacceptables» à la liberté de la presse. L’Iran, avec 45 journalistes emprisonnés, occupe la deuxième place, après la Turquie (49), dans la liste des pays qui musellent les médias en 2012.