Le juge Rodion Kireev a donné satisfaction au parquet qui avait réclamé l’incarcération de Ioulia Timochenko après ses remarques désobligeantes à l’égard du chef du gouvernement, Mykola Azarov, venu témoigner.

L’opposante a salué de la main ses soutiens avant d’être évacuée, menottée, par des policiers.

Ses partisans, dans la salle, ont aussitôt crié: «Honte!», «Honte!». A l’extérieur du bâtiment, une cinquantaine de ses sympathisants ont tenté de bloquer le passage du fourgon cellulaire, certains s’allongeant devant le véhicule.

Quelque 200 policiers ont encerclé la camionnette qui a pu rejoindre au pas l’avenue centrale de Kiev, Khrechtchatik, avant de prendre la direction d’un centre de détention provisoire.

Peu avant, le premier ministre Azarov a livré un témoignage à charge. Pendant qu’il s’exprimait, Ioulia Timochenko a lancé: «Vous êtes un vieux corrompu qu’on connaît de longue date et qui n’a jamais répondu de ses actes!»

Après cette déclaration, la procureure Lilia Frolova s’est plainte de son comportement, comme lors de précédentes audiences, et a requis pour la deuxième fois en 15 jours son incarcération.

Ioulia Timochenko est accusée d’avoir outrepassé ses pouvoirs de première ministre en 2009 en autorisant, sans l’approbation du gouvernement, la signature de contrats sur l’importation de gaz russe à un prix trop élevé et donc très désavantageux pour Kiev.

L’opposante a dénoncé sans relâche des poursuites politiques au cours du procès qui s’est ouvert le 24 juin 2011, et qui a été critiqué dès le début par les Etats-Unis et l’Union européenne.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a exprimé vendredi son inquiétude «quant aux motivations politiques de cette décision et sur la mise en œuvre de l’état de droit en Ukraine».

Mais le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a fait savoir qu’il n’avait «rien à voir» avec l’incarcération de l’opposante, selon son porte-parole, cité par Interfax.

Lors de l’audience, le premier ministre Azarov a été interrogé sur les accords gaziers de 2009 et a dit avoir demandé plusieurs fois à Vladimir Poutine comment ces «contrats peu avantageux pour l’Ukraine» ont pu être conclus.

«Il m’a répondu qu’il ne comprenait pas lui-même et que ce serait mieux de demander cela aux responsables ukrainiens, qui sont censés représenter les intérêts de l’Ukraine», a déclaré le premier ministre Azarov, renvoyant la responsabilité sur Ioulia Timochenko.

Mais Moscou a réagi vendredi en estimant que IouliaTimochenko avait respecté la loi de son pays.

«Tous les accords gaziers de 2009 ont été conclus dans le plus grand respect des législations des deux pays et des normes internationales», a déclaré le Ministère russe des affaires étrangères dans un communiqué.

Selon l’accusation, ces accords ont causé à l’Ukraine des pertes de quelque 130 millions d’euros, et le gouvernement ukrainien cherche désormais à réviser ces contrats.

L’ex-première ministre était jusqu’ici placée sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter Kiev.