A l’occasion du 60e anniversaire du traité de réconciliation entre la France et l’Allemagne, alors que le Vieux Continent est replongé depuis onze mois dans la guerre, le président français Emmanuel Macron a assuré que le «couple» franco-allemand ferait «le choix de l’avenir», comme il a «su le faire à chaque tournant de la construction européenne».

«L’Allemagne et la France, parce qu’elles ont défriché le chemin de la réconciliation, doivent devenir pionnières pour la refondation de notre Europe», a-t-il déclaré dans un discours volontiers lyrique à la Sorbonne. Il a décrit les voisins comme «deux âmes dans une même poitrine».

«L’avenir, au même titre que le passé, repose sur la coopération de nos deux pays», «comme locomotive d’une Europe unie», capables de dépasser leurs «différences», a abondé pour sa part le chancelier allemand, évoquant un «couple fraternel».

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Il a filé la métaphore de ce «moteur franco-allemand» qui souvent «ronronne doucement», qui «ne marche pas à coups de flatteries» mais par la «ferme volonté de toujours transformer les controverses» en «action convergente».

Les deux dirigeants devaient ensuite réunir à l’Elysée un conseil des ministres franco-allemand.

Tempéraments aux antipodes

En octobre, ce rendez-vous annuel avait dû être reporté en raison de dissensions sur une série de sujets-clés, de l’énergie à la défense, qui ont éclaté au grand jour dans le sillage de la guerre menée par la Russie en Ukraine.

Résultat, la rencontre entre les dirigeants des deux premières puissances de l’Union européenne, dont les tempéraments aux antipodes compliquent cette relation particulière où les liens personnels font souvent la différence, est cette fois scrutée pour déceler leur degré d’entente.

D’autant qu’un parfum d’incompréhension flotte entre eux depuis qu’Olaf Scholz a succédé à Angela Merkel fin 2021, chacun s’agaçant des initiatives prises par l’autre sans consultation préalable.

Retrouvailles symboliques

La date des retrouvailles est hautement symbolique: soixante ans jour pour jour après la signature du Traité de l’Elysée par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, cet «acte fondateur» de la «réconciliation» entre deux pays «qui avaient été les plus âpres ennemis» mais «décidaient de devenir les plus étroits alliés», a dit Emmanuel Macron.

Olaf Scholz et Emmanuel Macron ont affirmé d’une même voix l’objectif, cher au président français, d’une Europe plus «souveraine», en investissant plus dans la défense et dans l’industrie.

Les deux dirigeants pourraient discuter de l’opportunité d’envoyer des chars lourds à Kiev, au moment où la pression grandit sur Berlin pour livrer ses tanks Leopard à l’armée ukrainienne.

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A la Sorbonne, Olaf Scholz s’est borné à assurer que la France et l’Allemagne continueraient «de fournir à l’Ukraine, aussi longtemps que nécessaire, tout le soutien dont elle aura besoin». «L’impérialisme de Vladimir Poutine ne vaincra pas!», a-t-il martelé.

A l’instar du député du parti présidentiel Benjamin Haddad, des voix s’élèvent à Paris pour que la France soit «à l’initiative» en envoyant un «nombre limité de chars Leclerc pour créer une dynamique».

Billets de train pour rapprocher les jeunes des deux pays

La France met par ailleurs en garde contre une «désindustrialisation» si l’UE ne riposte pas de manière musclée, avec un financement conséquent, au plan massif américain de subventions en matière d’énergies renouvelables, l’Inflation Reduction Act (IRA). Le président espère donc rallier le chancelier.

Ce dernier, dans son discours, a dit «partager» avec Emmanuel Macron les «objectifs» visant à faire «les investissements» nécessaires pour que le Vieux Continent devienne «un pôle mondial des technologies du futur», et le premier «climatiquement neutre» au monde.

Les deux voisins doivent également tenter de s’accorder sur les réformes européennes pour endiguer l’envolée des prix de l’énergie liée notamment à la guerre en Ukraine, et mettre en avant des projets communs en matière d’innovation. Un billet de train destiné à favoriser les voyages des jeunes entre les deux pays va par ailleurs être lancé.

Parallèlement aux gouvernements, des délégations parlementaires des deux pays se sont aussi retrouvées à Paris. La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet et son homologue du Bundestag Bärbel Bas ont rendu hommage au Panthéon à Simone Veil, «une grande Européenne» et «une femme de convictions» dont elles ont dit vouloir porter le «flambeau».