Le ton continue de monter entre le Hamas et le Fatah. Ces dernières semaines, plusieurs attentats non revendiqués ont été perpétrés à Gaza-City et à Khan Younis. Les poseurs de bombes ont principalement visé des lieux de culte protestants - accusés de «prosélytisme pour le compte des infidèles» - ainsi que des cafés internet. Mais vendredi soir, c'est le salon de thé Al Khalil, lieu de rendez-vous traditionnel des cadres du Hamas, qui a été ravagé par une explosion. Six personnes ont été tuées, parmi lesquelles un enfant de quatre ans ainsi que le commandant de la branche armée de l'organisation islamiste. Une vingtaine d'autres ont été blessées.

Avant même le début de l'enquête, les porte-parole du Hamas ont accusé le Fatah d'être à l'origine de cette «campagne de déstabilisation». Selon eux, Mohammed Dahlan, l'ex-commandant des services de sécurité de l'Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, serait à l'origine de ces explosions. Depuis la Cisjordanie où il s'est exilé après le putsch du Hamas, il dirigerait une organisation clandestine baptisée «Al Awda» (Le retour). Celle-ci serait formée d'anciens officiers des renseignements restés fidèles au Fatah.

A Ramallah, Dahlan nie toute implication dans ces attentats. Mais le Hamas ne le croit pas. Depuis vendredi soir, 200 sympathisants du Fatah ont donc été arrêtés sans autre forme de procès. Le domicile de l'ex-ministre de la Santé de l'Autorité palestinienne (AP), Fahmi Al Wadrid, a été mis à sac. Une quarantaine de ses organisations satellites ainsi que les bureaux de l'agence de presse officielle Wafa ont été perquisitionnés. Enfin, un cameraman palestinien employé par la chaîne de télévision allemande ARD a été molesté et emmené vers une destination inconnue.

«Nous avons saisi d'importantes quantités d'armes, d'explosifs et de documents séditieux», a déclaré Islam Shakhwan, le porte-parole de la police de Gaza aux ordres du Hamas. Dans le même temps, la milice de l'organisation islamiste s'est attaquée à l'«Armée de l'Islam», un groupe djihadiste fort actif dans le sud de la bande de Gaza. Deux personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées durant les combats qui se sont déroulés dimanche matin.

A Ramallah, le président Mahmoud Abbas a rapidement condamné l'attentat de vendredi. Il a également assuré aux délégations étrangères que «le Fatah n'y était pour rien». Il s'est ensuite rendu au Caire où il a demandé au chef d'Etat égyptien Hosni Moubarak de l'aider à relancer le dialogue avec le Hamas. Mais une réconciliation entre les deux partis rivaux semble peu probable, puisque le «premier ministre» de Gaza, Ismaïl Haniyeh, a promis que son organisation «pourchassera sans relâche les traîtres fidèles à l'ancien régime».

Dans la foulée, le Hamas a rejeté la proposition de la présidence palestinienne visant à créer une commission d'enquête mixte sur les origines de l'attentat de vendredi. «Mahmoud Abbas est un traître aux ordres des sionistes. Nous n'avons pas l'intention de nous compromettre avec ce chien de garde d'Israël», a proclamé Radio Al Quds une station islamiste émettant à partir de Gaza-City.

La tension entre les deux organisations atteint également la Cisjordanie, où les services de sécurité officiels de l'Autorité palestinienne (liés au Fatah) multiplient les arrestations de cadres du Hamas. Depuis dimanche, la chasse est ouverte à Ramallah, à Hébron, à Tulkarem, à Kalkilyah et à Naplouse. Près d'une centaine de sympathisants islamistes accusés d'«activités séditieuses» ont été arrêtés. Selon un rapport de l'ONG palestinienne al-Haq publié lundi, les services de sécurité palestiniens et le Hamas multiplient depuis un an en Cisjordanie et à Gaza tortures et arrestations à motivation politique.

Cette nouvelle crise entre les organisations palestiniennes suscite l'inquiétude des responsables israéliens qui redoutent, eux, de voir la «taadiyeh» (accalmie) conclue avec le Hamas voler en éclats.