Bobi Wine, le jeune opposant à l’indéboulonnable président ougandais Yoweri Museveni, dénonce déjà des «fraudes» lors de l’élection de jeudi et revendique la victoire. Le président sortant fermement aux commandes du pays depuis 1986 dispose d’une confortable avance, selon des résultats partiels communiqués vendredi par la commission électorale. Les résultats finaux sont attendus durant le week-end. L’issue du scrutin fait toutefois peu de doutes, vu le verrouillage du système électoral par le gouvernement.

Jeudi soir, Bobi Wine, ancien chanteur, s’était fendu d’un tweet dénonçant aussi les «violences» lors du scrutin. Accessible depuis l’étranger, son post a peu de chances d’avoir été vu par ses compatriotes. En effet, à la veille des élections, le pouvoir ougandais a ordonné aux fournisseurs d’accès de couper le réseau internet. Quelques jours auparavant, les internautes ougandais signalaient déjà des difficultés à accéder aux réseaux sociaux. C’était probablement le résultat de premières mesures de restriction ciblées.

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Chute du trafic internet

En fin d’après-midi le 14 janvier, jour du scrutin, l’organisation Netblocks, qui mesure l’effet des coupures politiques d’internet, rapportait que le trafic en Ouganda n’était plus qu’à 12% de son niveau normal. La preuve de l’efficacité de la mesure extrême prise par le gouvernement. Les fournisseurs d’accès, y compris étrangers, se sont en effet pliés aux injonctions de Kampala.

Vendredi, Bobi Wine a donc recouru à une traditionnelle conférence de presse dans son jardin pour tenter de faire entendre ses arguments. «M. Museveni essaie de faire croire qu’il est en tête. Quelle blague», a lancé cet ancien chanteur très populaire. Et «d’évoquer le pire trucage jamais connu par le pays», selon des propos rapportés par l’AFP.

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C’est la première fois que Bobi Wine se présentait à la présidentielle, alors que Yoweri Museveni brigue un sixième mandat. Mais Bobi Wine a réussi à mobiliser la jeunesse contre «l’élite politique». L’Ouganda est l’un des pays les plus jeunes du monde, avec trois quarts des habitants âgés de moins de 30 ans pour lesquels les perspectives d’emploi sont rares. L’opposant et ses partisans ont été la cible d’une répression sans précédent. Des dizaines d’entre eux ont été tués, à tel point que Bobi Wine a mené campagne en gilet pare-balles. Lors de sa conférence de presse, il a assuré avoir reçu d’innombrables informations d’irrégularités. Il a promis d’en dévoiler les preuves, une fois qu’internet sera rétabli.

Tendance mondiale

L’Ouganda n’est pas le premier pays africain à couper le réseau internet lors de périodes sensibles, selon l’ONG Access Now qui milite contre ces coupures. Lors des élections d’octobre 2020, la Tanzanie a partiellement restreint l’accès en ligne. En novembre dernier, l’Ethiopie a coupé le réseau dans la province du Tigré, pour contrôler l’information sur la guerre qu’elle mène dans cet Etat rebelle. Addis-Abeba avait pris des mesures similaires quelques mois plus tôt lors de manifestations dans le centre du pays. En mai 2020, c’était le Burundi qui coupait l’accès aux réseaux sociaux, le temps de faire élire le successeur désigné du défunt président.

Les pays africains ne sont pas seuls à tenter de couper l’herbe sous le pied de leur opposition en ligne. En 2020, la Biélorussie ou la Birmanie ont aussi restreint l’accès à internet. Ces dernières années, Access Now constate que les coupures se multiplient dans le monde.