La grande bataille de l'été – et peut-être de l'automne – pour le contrôle du troisième pouvoir a commencé vendredi à Washington. Sandra Day O'Connor, l'une des deux femmes juges à la Cour suprême des Etats-Unis, a présenté sa démission à George Bush. C'est la première vacance depuis onze ans au sommet de l'appareil judiciaire, où les juges sont nommés à vie.

Une démission était annoncée depuis des mois, mais plutôt celle du président de la Cour, William Rehnquist, qui soigne à 80 ans un cancer. Le départ de O'Connor, modérément conservatrice, est une demi-surprise. Il y a une semaine, Bill Kristol, tête intellectuelle du mouvement néo-conservateur, avait décrit dans son hebdomadaire, le Weekly Standard, le scénario qu'ouvre cette démission. Bush, à l'en croire, veut faire entrer à la Cour suprême Alberto Gonzales, le ministre de la Justice, fidèle parmi les fidèles, depuis le Texas. Calcul: ce serait le premier hispanique, et c'est un conservateur pur sucre.

Mais ce scénario ne plaît pas à Kristol et à ses amis. Car la vacance à la présidence ne tardera pas, et ils pensent que George Bush veut aussi y propulser son protégé. Dans ces circonstances, le président ne parviendra pas à imposer un autre conservateur au siège à repourvoir après le départ de Rehnquist. Or, ce que veulent Bill Kristol et les siens, c'est le contrôle, pour longtemps, de la Cour suprême par leur camp.

Les démocrates sont déjà mobilisés. Le juge choisi par la Maison-Blanche doit être confirmé au Sénat, à la majorité simple. Ou alors, si l'opposition lance une opération de «filibuster», une majorité de 60 voix sur 100 est nécessaire. Les républicains ont 55 élus. La bataille sera épique.