La Cour suprême du Brésil a décidé mercredi de maintenir à son poste le président du Sénat Renan Calheiros, soupçonné de corruption. Cette décision apparaît comme un soulagement pour le président Temer et son gouvernement qui cherche à faire adopter au parlement son impopulaire programme d’austérité en pleine récession. Renan Calheiros est membre du parti de centre droit PMDB du chef de l’Etat.

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Lundi, le Brésil s’était enfoncé un peu plus dans une crise institutionnelle à l’issue imprévisible, après la décision du juge Marco Aurelio Mello du Tribunal suprême fédéral (STF, Cour suprême) de suspendre de ses fonctions Renan Calheiros «avec effet immédiat».

Onze juges dénoncent la décision du Sénat

La plus haute juridiction du Brésil, réunie en session plénière mercredi, est revenue sur cette mesure. Elle a toutefois décidé d’exclure le président du Sénat, troisième personnage de l’Etat, de la ligne de succession présidentielle.

Quatre jours plus tôt, le STF avait en effet décidé qu’il jugerait Renan Calheiros pour détournements de fonds publics dans l’une des douze procédures pénales le visant pour des faits présumés de corruption.

Saisi par un parti écologiste, le juge Mello avait fondé son ordonnance sur un récent arrêt de la Cour suprême encore non entré en vigueur, stipulant qu’une personnalité inculpée ne pouvait occuper une fonction dans l’ordre de succession présidentielle.

Array «Une décision de justice doit être respectée afin que règne l’ordre judiciaire et non pas la volonté de tout un chacun.»

Mais mardi matin, les événements se sont précipités: le Sénat brésilien a bravé la décision de ce juge en annonçant qu’il maintenait dans ses fonctions son président dans l’attente de la délibération collégiale finale du STF.

Mercredi, les onze juges ont en revanche dénoncé cette décision du Sénat, comme une menace pour la stabilité du pays. «Une décision de justice doit être respectée afin que règne l’ordre judiciaire et non pas la volonté de tout un chacun», a déclaré la présidente de la Cour suprême, Carmen Lucia.

Avec cette mesure, les juges du STF «ont cherché à remplir leur rôle institutionnel qui est d’apaiser (la crise)» car, estime-t-il, avec la décision du juge Mello, la haute juridiction «était en train de devenir la cause de l’instabilité», selon Michael Freitas Mohallem, professeur de droit et politologue de la Fondation Getulio Vargas.

La fureur des juges et de la population

Indéboulonnable cacique de la vie politique brésilienne, élu sénateur pour la première fois en 1994, Renan Calheiros s’est dernièrement illustré en prenant la tête d’une fronde parlementaire contre les magistrats anticorruption en charge de l’enquête sur l’énorme scandale de corruption Petrobras.

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Cette enquête mettant en cause des dizaines de parlementaires, dont Renan Calheiros, tétanise d’autant plus la classe politique que le n°1 du BTP brésilien Odebrecht a conclu un accord de collaboration explosif avec les enquêteurs en échange de remises de peine pour ses anciens dirigeants.

Ces derniers jours, les députés ont d’abord tenté de passer en douce une amnistie déguisée des financements occultes des campagnes électorales. Ils ont reculé face à la vindicte populaire. Mais sont revenus à la charge mercredi dernier en dénaturant en pleine nuit par de multiples amendements un paquet de mesures censées durcir la législation anticorruption.

Ils ont déchaîné la fureur des juges en introduisant en catimini un amendement prévoyant des peines de deux ans de prison contre les magistrats jugés coupables d’abus d’autorité dans l’exercice de leurs fonctions. Dénonçant une offensive pour les museler, les procureurs du dossier Petrobras ont menacé le lendemain de démissionner en bloc si cette mesure entrait en vigueur.

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Cette crise institutionnelle plombe les efforts du gouvernement Temer pour redresser la situation du pays. Le successeur impopulaire de Dilma Vana Rousseff a adressé mardi au parlement un projet de réforme du régime déficitaire des retraites qui durcit les conditions en fixant l’âge minimum de départ à 65 ans et la durée de cotisations à quarante-neuf années.