La Cour suprême des Etats-Unis a bloqué jeudi une mesure emblématique de Barack Obama sur l'immigration, lui infligeant un véritable camouflet et plaçant cette question sensible au coeur de la campagne pour lui succéder à la Maison Blanche.

Ce tournant judiciaire est «frustrant» et «douloureux» pour des millions d'immigrés en situation irrégulière, a souligné, le visage fermé, le président américain lors d'une brève allocution. Fin 2014, il avait annoncé une série de mesures règlementaires s'assimilant à des régularisations temporaires pour quelque quatre à cinq millions de migrants, majoritairement hispaniques.

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Contraint de reconnaître son impuissance sur ce dossier, il doit se borner à espérer qu'un démocrate reprenne le flambeau dans sept mois pour mener à bien une réforme qu'il avait érigée au rang de priorité dès son arrivée au pouvoir en 2009.

«En novembre, les Américains vont devoir se prononcer sur ce qui nous tient à coeur et sur ce que nous sommes», a-t-il déclaré pour mieux insister sur l'importance des élections à venir au cours desquelles les électeurs seront aussi appelés à renouveler une partie de leurs représentants au Congrès. «Nous sommes une nation d'immigrants (...) L'immigration n'est pas quelque chose dont il faut avoir peur», a-t-il une nouvelle fois martelé, dans une allusion à peine voilée à Donald Trump.

Les efforts de Barack Obama mis en échec

Ce dossier est l'un des chevaux de bataille du candidat républicain à la présidentielle qui a promis (entre autres) de dresser un mur à la frontière avec le Mexique, électrisant davantage un débat à fort clivage.

L'arrêt de la Cour suprême, obtenu sans majorité, à quatre juges contre quatre, se traduit par une poursuite de l'actuel blocage des décrets pris par Barack Obama, qui, exaspéré par l'inaction du Congrès, avait tenté de le contourner.

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Ces décrets prévoyaient la délivrance de permis de travail aux migrants concernés, mais une vingtaine d'Etats, pratiquement tous à majorité républicaine, ont refusé de les appliquer. Ils ont aussi souvent obtenu des décisions de tribunaux soulignant que le chef de l'Etat avait outrepassé ses droits en court-circuitant les parlementaires.

«La décision déchirante de la Cour suprême sur l'immigration pourrait séparer quelque cinq millions de familles menacées d'expulsion. Nous devons faire mieux», a réagi sur Twitter la candidate démocrate Hillary Clinton, reprenant des termes très similaires à ceux du président auquel elle espère succéder. 

Son adversaire Donald Trump s'est lui félicité de cet arrêt qui bloque «l'une des décisions les plus anticonstitutionnelles jamais prises par un président». Le scrutin présidentiel de novembre, et les nominations à la Cour suprême qui suivront, «décideront du fait de savoir si nous avons une frontière et, par conséquent, un pays», a-t-il ajouté.

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Le camp conservateur se réjouit

Barack Obama a profité de l'occasion pour dénoncer l'attitude de ses adversaires républicains qui refusent d'examiner la nomination de Merrick Garland, un progressiste modéré, à la Cour suprême, prolongeant une situation de blocage.

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Aux termes de la Constitution américaine, les neuf magistrats de la plus haute instance judiciaire, régulièrement appelée à se prononcer sur les grands débats de société, sont nommés à vie par le président. Il appartient ensuite au Sénat d'approuver ou non ce choix. Le camp conservateur n'a pas tardé à se réjouir de l'annonce de la Cour suprême. «Cette décision aujourd'hui conforte ce que nous maintenons depuis le début: une personne, quand bien même serait-elle le président, ne peut changer la loi de façon unilatérale», a commenté Ken Paxton, le procureur général du Texas.

On estime que plus de 11 millions d'immigrants en situation irrégulière vivent aux Etats-Unis. Près de la moitié sont originaires du Mexique. Les mesures de la Maison Blanche visaient typiquement les clandestins habitant depuis plus de cinq ans aux Etats-Unis, sans casier judiciaire et ayant au moins un enfant américain.

Malgré ses décrets d'intégration des clandestins, Barack Obama restera comme un président qui a beaucoup plus expulsé que ses prédécesseurs, avec au moins 2,4 millions de personnes raccompagnées à la frontière ou renvoyées dans leur pays. Le rythme baisse toutefois depuis trois ans.