La crise politique en Belgique s’est aggravée lundi avec la démission effective du gouvernement d’Yves Leterme, faute de rapprochement entre Flamands et francophones, rendant probables des élections anticipées, alors que le pays doit bientôt présider l’Union européenne.

L’Europe. C’est bien le problème de cette Belgique «décapitée» selon la Tribune de Genève, «explosée» selon la Frankfurter Allgemeine, «brisée pour de bon» pour le Spiegel. Le pays hôte de l’UE donne à nouveau une bien piètre image de sa démocratie, pense le Guardian. De quoi inciter le quotidien néerlandais Trouw à lancer un appel aux Belges. Redevenez «un modèle de cohabitation pacifique de différents groupes linguistiques», traduit Eurotopics: «Chez les Flamands et les francophones, l’idée semble s’être ancrée selon laquelle l’unité nationale n’a plus aucune valeur. […] Le peuple belge ferait bien de montrer clairement à ses politiques qu’il existe des questions plus importantes que ce conflit linguistique… Allez, les Belges, montrez-nous encore une fois ce que vous savez faire de bien.»

En résumé, il faut défaire ce nœud linguistique, estime Il Sole-24 Ore, car ce «n’est pas du folklore. Il est l’expression des rapports de force, de revanchisme socio-économique, de manque de compréhension culturelle et de malaise au sein de la cohabitation.» Dans le blog «Coulisses de Bruxelles», hébergé par Libération, Jean Quatremer explique en détail ce conflit, également décortiqué par Rue89, mais dont les subtilités échappent souvent aux non-Belges: «Il faut bien comprendre que l’enjeu est bel et bien, pour la Flandre, de constituer un territoire incontestable, ce qui facilitera, un jour, la partition du Royaume.» D’ailleurs, El País croit qu’«au vu des nouvelles en provenance de Belgique, il n’est pas exclu que, d’ici quelques mois, l’on voie apparaître dans la plaine européenne les crêtes d’un nouveau pays, la Flandre.»

Quoiqu’il ne faille pas «surestimer le problème», commente le quotidien autrichien Der Standard, lequel pense que le vrai obstacle, c’est Yves Leterme lui-même: «Il ne sait pas faire preuve de médiation. Le roi devrait rappeler le libéral Guy Verhofstadt, lui sait y faire.» Mais parviendrait-il à la mener, cette médiation entre partis francophones et flamands au sujet du dossier qui les oppose actuellement, les droits linguistiques spécifiques dont bénéficient les quelque 130 000 francophones vivant dans la banlieue flamande de Bruxelles? Rien n’est moins sûr, car la Flandre veut les supprimer, pour la moitié d’entre eux. Et les concessions offertes en échange ont été jugées insuffisantes par les francophones. Même si «désigner un responsable de la crise ne vaut que pour la galerie. Ce gouvernement n’en a jamais été un, il n’a jamais trouvé d’unité ni de projet, il a été en permanence l’otage de la méfiance interne qui n’a fait que croître», accuse De Morgen.

Selon De Standaard, le pays ne pourra éviter «l’aventure électorale». Et pour le reste de la presse flamande, qu’a lue et traduite le site 7 sur 7? «Tous coupables, juge Het Nieuwsblad. Tous les partis du gouvernement Leterme II portent une part de responsabilité dans l’échec des négociations.» Et un cabinet de transition «aurait peu de sens, selon De Tijd: «Pendant la présidence belge de l’Union européenne, les ministres auraient pu s’agiter devant les caméras», mais le problème serait demeuré. «Pour rompre l’immobilisme, pas besoin de solutions de transition, mais d’un nouveau départ.»

Pour La Libre Belgique, ce qui se produit «est absolument dramatique. Oui, dramatique. La logique semble avoir quitté» ce pays soumis «aux gamineries de quelques-uns, aux musculations de quelques autres. Tout cela sous l’œil médusé des citoyens qui ont cru en la capacité, en la responsabilité des hommes et des femmes qu’ils ont élus. […] Par un mécanisme pervers, ce sont toujours les extrémistes ou les plus pointus qui dictent leurs lois aux modérés. Dès lors, le disque dur rayé du nationalisme rend inaudibles les discours d’ouverture de la Flandre. Et les propos radicaux de certains francophones masquent les efforts des autres pour trouver une solution. […] Le gouvernement, même si ce n’était pas le meilleur, devait rester en place en ces temps troublés. […] Il est tombé pour des raisons strictement politiciennes. […] Il faut du courage. Qui en a?»

Le Soir avertit aussi des dangers: «Notre pays n’est pas une île coupée du monde. La démission du gouvernement pourrait mettre la Belgique dans une situation de risque financier que les marchés pourraient ne pas nous pardonner» et «il sera alors trop tard pour pleurer et courir chez le roi», prévient-il en marge d’une situation qui aboutit à «un chaos indescriptible, irresponsable, ravageur». Pour Het Laatste Nieuws, c’est désormais clair: dans les heures à venir, le souverain a le choix entre la peste (chercher une solution miracle) et le choléra (des élections illégales).