Déserté à l’aube par les ministres et délégués du monde entier partis grappiller quelques heures de sommeil, le Centre de conférence de Durban reprenait peu à peu vie samedi matin, sous un grand ciel bleu.

Le dernier texte âprement discuté toute la nuit propose de s’engager vers un accord incluant tous les pays - contrairement au protocole de Kyoto qui ne concerne que les industrialisés - qui serait adopté en 2015. La date de son entrée en vigueur et sa nature juridique restent cependant flous.

«Il est encore possible d’aboutir à un résultat, mais il reste très peu de temps, certaines délégations doivent partir», a expliqué samedi le ministre allemand de l’Environnement, Norbert Röttgen, soulignant que les blocages étaient le fait, «comme depuis le début de la semaine, des principaux émetteurs (de gaz à effet de serre): les Etats-Unis, la Chine et l’Inde».

«C’est tout le paradoxe de cette discussion», commentait pour sa part en milieu de nuit la ministre française de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, s’interrogeant sur la façon dont les débats ont été menés par la présidence sud-africaine de la conférence. «On commence à s’approcher d’un équilibre et ce serait vraiment dommage que, pour des raisons d’organisation on ne réussisse pas aller au bout».

«Relever les niveaux d’ambition»

Le lancement d’une «feuille de route» vers un traité global est la condition posée par les pays européens pour reprendre de nouveaux engagements dans le cadre du protocole de Kyoto et ainsi le maintenir en vie.

Seul traité juridiquement contraignant sur le climat, dont la première période d’engagement s’achève fin 2012, Kyoto revêt une forte charge symbolique pour les pays en développement. Son effondrement serait un signal très négatif deux ans après le psychodrame du sommet de Copenhague.

Dans les débats, vendredi soir, l’Inde s’est émue de voir certains pays industrialisés, comme le Canada, refuser de nouveaux engagements dans le cadre du protocole de Kyoto.

Le projet de texte qui pourrait être adopté samedi évoque aussi la nécessité «relever les niveaux d’ambition» de réduction des émissions de gaz à effet de serre (à l’origine du réchauffement climatique) dont la concentration dans l’atmosphère ne cesse d’augmenter.

L’objectif affiché de la communauté internationale est de limiter la hausse de la température de la planète à +2°C pour éviter un emballement de la machine climatique et des catastrophes en cascade

Relativiser les canicules.

Mais les engagements pris à ce jours par les pays développés et les grands émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud) ne permettent pas d’atteindre cet objectif.

Dans un monde à +4°C, «l’été 2003, où nous avons connu cette vague de chaleur extraordinaire en août (en Europe), sera un été moyen dans les années 2040 et l’un des plus frais dans les années 2060», rappelait le négociateur de l’Union européenne, Artur Runge-Metzger, avant le début de la réunion de Durban.

En l’absence de visibilité samedi matin, certains délégués évoquaient l’hypothèse d’une éventuelle suspension des négociations. En 2000, à Haye, les discussions n’ayant pu aboutir, la Conférence climat avait été interrompue et avait repris quelques mois plus tard, à Bonn.