La course contre la montre est engagée en Syrie

Monde arabe Les djihadistes entendent gagner des points avant la fin juin

L’Iran se serait rangé à l’idée d’une partition de la Syrie

Quel est le moteur des combats actuels en Syrie? Il y a quelques semaines à peine, on ne donnait plus cher de l’organisation Etat islamique (Daech en arabe), en proie à de nombreuses difficultés. Il y a peu, personne n’aurait en outre parié sur le succès militaire du reste de la «rébellion» syrienne, fractionnée en une multitude de groupes rivaux. Pourtant, l’un et l’autre multiplient maintenant les victoires aux dépens de l’armée syrienne, à l’image de la ville de Palmyre, tombée la semaine dernière dans l’escarcelle de Daech.

Un hasard? Plutôt une sorte de course contre la montre, menée dans le sang, aussi bien en Syrie qu’en Irak. Le 29 juin prochain, cela fera un an qu’Abou Bakr al-Bagh­dadi proclamait son «califat» dans la grande mosquée de la ville irakienne de Mossoul. Dans l’intervalle, son groupe a connu des victoires importantes, mais surtout des défaites retentissantes (les environs de Bagdad, Kobané, Tikrit…). Ces derniers jours, il y a eu pourtant Ramadi, en Irak; et surtout Palmyre, une percée spectaculaire qui place Homs et même Damas en point de mire pour Daech. Autant de trophées que le «calife» pourra arborer sur son tableau de chasse le 29 juin.

Ce n’est pas la seule date clé. Le lendemain, 30 juin, sont censées se terminer les négociations sur la question du nucléaire entre l’Iran et la communauté internationale qui, si elles devaient aboutir, signifieraient une «normalisation» possible de Téhéran.

C’est l’autre front de la guerre. En prévision de cette date, les combattants du Front Al-Nosra (qui ont fait allégeance à Al-Qaida et qui sont activement soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie) assiègent la côte, c’est-à-dire le «réduit alaouite» où se trouvent les principaux soutiens au régime de Bachar el-Assad.

Dans cette partie de la guerre, il ne fait pas de doute que le rôle de l’Iran est déterminant. «L’Iran a exigé de Damas qu’il change de stratégie», assure Haytham Manna, un opposant syrien qui maintient de nombreux contacts au sein du régime. En clair: Damas est sommé de se concentrer sur le cœur de la «Syrie utile»: la capitale, Homs, la côte, les montagnes du Qalamoun, à la frontière libanaise. «Au-delà, c’est le cynisme qui a fini par triompher, poursuit Haytham Manna: que les islamistes paient pour maintenir le reste de la Syrie à flot, et non les Syriens et les Iraniens. Ou alors, que la coalition internationale menée par les Etats-Unis s’en charge!»

L’armée syrienne a déjà perdu des dizaines de milliers d’hommes en quatre ans de guerre. Les jeunes sunnites rechignent à s’enrôler pour combattre les djihadistes, sunnites comme eux. De fait, ce sont les Iraniens qui sont devenus l’épine dorsale du régime, en termes d’armement, de soutien financier, mais aussi de combattants. Les responsables à Téhéran auraient été ulcérés par la dernière offensive en date de l’armée syrienne, tentée à Alep en février dernier. Un fiasco, qui aurait fini par convaincre Téhéran de se ranger à l’idée d’une partition de la Syrie, fût-elle temporaire.

«Le prix à payer pour l’Iran, en termes tant financiers que politiques, devient exorbitant», confirme Daniel Meier, ingénieur de recherche CNRS. Selon lui, Téhéran continue de miser sur un «axe stratégique» qui passe par la Syrie et rejoint le Liban avec la présence du Hezbollah chiite. «Mais, dans la nouvelle architecture qui est en train d’émerger dans la région, Téhéran a surtout besoin de maintenir des points d’appui solides.» Le chercheur insiste: «L’Iran ne croit plus à la Syrie telle qu’on l’a connue. Qui pourrait unifier à nouveau les Syriens? Sur quelle histoire commune? Nous assistons bel et bien à un effondrement des frontières.»

Un signe supplémentaire: le Hezbollah pro-iranien, lui aussi, semble maintenant se concentrer à proximité de la frontière libanaise, et notamment sur les hauteurs du Qalamoun. «Face à la menace de l’extrémisme sunnite, le combat du Hezbollah reste très populaire, assure Daniel Meier, notamment auprès des chrétiens libanais. Mais il ne peut pas jouer trop longtemps à l’étranger. Ses ressources, comme celles de l’Iran, ne sont pas éternelles.»

L’opposant Haythem Manna enchaîne: «Vu de Téhéran, un abandon des régions tenues par les islamistes reviendrait à se retrancher sur des positions beaucoup plus facilement défendables, encore plusieurs années s’il le faut, le temps d’attendre une éventuelle négociation politique.»

Haythem Manna figurait précisément parmi les opposants accueillis à Genève par l’émissaire de l’ONU, Staffan de Mistura, en vue de relancer les discussions politiques. Ni Daech ni le Front Al-Nosra n’ont été invités, à l’inverse de l’Iran. Dernier détail: ces consultations de Genève, elles aussi, doivent se terminer le… 30 juin prochain.

Ramadi, Palmyre… Autant de trophées à l’approche du premier anniversaire du «califat»