A quelques jours de la trêve de Noël, la course à la présidence du plus grand parti chrétien démocrate d’Europe (CDU) a franchi une nouvelle étape. Les trois candidats en lice, Friedrich Merz, Armin Laschet et Norbert Röttgen, ont participé cette semaine à un premier débat, à trois. Le dernier aura lieu début janvier avant l’élection tant attendue, lors du congrès national de la CDU, les 16 et 17 janvier prochains.

Qui prendra la succession d’Annegret Kramp-Karrenbauer, à la tête du parti et, éventuellement, d’Angela Merkel à la tête du pays lors des élections législatives du 26 septembre 2021? Une chose est déjà assurée: ce sera un homme, catholique, père de trois enfants, issu de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une région de l’ouest, la plus peuplée d’Allemagne. Le contraste est saisissant entre les trois prétendants et une Angela Merkel protestante, sans enfant et originaire de l’ex-Allemagne de l’Est.

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Autres points communs de ces trois candidats, ils se retrouvent sur les grands thèmes actuels. Tous sont des Européens convaincus, désireux de faire gagner l’UE en responsabilités tout en améliorant la relation transatlantique. Même consensus sur les questions climatiques qui selon eux ne doivent plus être la chasse gardée des écologistes. Ces derniers pourraient s’imposer en septembre comme la deuxième force politique du pays. Quant à une coopération avec le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), elle est catégoriquement rejetée.

Merz, un favori plus à droite

Les différences entre les trois hommes concernent davantage leurs styles, motivations et priorités. Ainsi, le favori, Friedrich Merz, se présente comme l’homme du changement même si, pour certains, il incarne la CDU du début des années 2000. Ancien député européen et chef du groupe parlementaire de la CDU/CSU, il n’exerce plus de fonction élective depuis 2009. La faute entre autres à une brouille avec Angela Merkel.

Aujourd’hui, Friedrich Merz est le plus critique des années Merkel et du glissement de la CDU vers le centre. «Je souhaite une ouverture plus large de notre parti vers les électeurs que nous avons négligés, voire perdus, notamment sur la question migratoire», expliquait-il lors d’une rencontre avec la presse étrangère. «Ces électeurs ne savent plus de quoi la CDU est synonyme. Je veux que notre parti retrouve un positionnement clair», estime-t-il. Au niveau économique, Friedrich Merz est aussi le plus libéral des trois candidats. L’ancien président du conseil de surveillance de la société de gestion d’investissement BlackRock jouit du soutien des milieux économiques.

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«Il représente la stature traditionnelle des chrétiens-démocrates à droite du centre», résume Nils Diederich de l’Université libre de Berlin. «Il incarne des positions conservatrices fortes au niveau social et culturel et a le plus de chances de regagner les électeurs de l’AfD. En revanche, il pourrait effrayer ceux des Verts et de la social-démocratie», ajoute ce politologue.

Laschet, dans les pas de Merkel

Le candidat Armin Laschet incarne, en revanche, la continuité des années Merkel et prône une adaptation face aux nouveaux défis liés à la pandémie. Actuel ministre-président de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, cet homme souriant souhaite jouer le rôle de réconciliateur, dans un parti divisé depuis la crise migratoire de 2015. Représentant du centre de la CDU et chef d’une fragile coalition régionale avec les libéraux du FDP, il se présente comme un «homme d’équipe», en opposition avec Friedrich Merz, connu pour ses coups de sang.

Sa gestion de la pandémie de coronavirus pourrait toutefois lui jouer des tours. Alors qu’Angela Merkel jouit d’une popularité sans égale, Armin Laschet s’est positionné à plusieurs reprises contre les appels à la prudence lancés par la chancelière. Conséquence, il se retrouve troisième dans certaines enquêtes d’opinion, derrière l’outsider, Norbert Röttgen.

L’atout de l’outsider Röttgen

Ce dernier mène en effet une campagne discrète mais efficace. Longtemps méconnu du grand public, le président de la commission des affaires étrangères au Bundestag s’est créé une image de moderniste. «Je veux un parti plus féminin, plus jeune, plus urbain», explique ce député de 55 ans qui a choisi une femme pour le seconder, soutient la parité au sein de son parti et souhaite un vaste plan pour numériser le pays. «Norbert Röttgen est le plus libéral, au niveau social, mais manque de soutien au sein de la population et du parti», constate le politologue Nils Diederich.

Norbert Röttgen a toutefois un atout en main: il représente une alternative pour ceux qui, au sein du parti, souhaiteraient voir un quatrième homme, le Bavarois Markus Söder, devenir candidat à la Chancellerie au nom de la famille chrétienne-démocrate. Car si le futur patron de la CDU sera bel et bien connu en janvier, le candidat à la Chancellerie, lui, sera choisi en concertation avec le parti frère bavarois, la CSU. Or Norbert Röttgen est le seul des trois prétendants à se dire ouvert à une candidature du populaire Markus Söder. Le président de Bavière caracole largement en tête dans les enquêtes d’opinion concernant la succession d’Angela Merkel à la Chancellerie. Cette option pourrait faire des émules.

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