A peine désigné comme candidat officiel du Fatah, le parti de feu Yasser Arafat, dominant en Cisjordanie, aux élections présidentielles prévues le 9 janvier prochain, le nouveau «numéro 1» de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a fait l'objet d'une tentative d'assassinat dimanche alors qu'il visitait la bande de Gaza. Selon son entourage, Abbas s'était rendu à Gaza-City en compagnie de Mohammed Dahlan, l'un de ses hommes de confiance, afin de participer à une soirée de deuil organisée à la mémoire d'Arafat et de prendre contact avec les milices autonomes contrôlant une partie de la rue palestinienne.

«A peine était-il arrivé qu'un groupe d'une quinzaine d'hommes cagoulés et armés de Kalachnikov a scandé des slogans accusant Abbas d'être un agent du Mossad et de la CIA, raconte un journaliste de la Voix de la Palestine. Certains d'entre eux ont bousculé les gardes du corps du candidat et des rafales visant Abbas et Dahlan sont parties.» Deux gardes membres des services de sécurité de l'Autorité palestinienne, dont le propre garde du corps d'Abbas, sont morts et plusieurs autres ont été blessés. Le candidat officiel du Fatah et Dahlan ont alors été exfiltrés vers un lieu sûr.

Interrompant immédiatement leurs émissions, toutes les radiotélévisions arabes et israéliennes ont immédiatement relaté l'incident. Pour leur part, Abbas et Dahlan ont tenté de calmer le jeu en affirmant que «il ne s'agit pas d'une tentative d'assassinat» et que «il n'y a pas de fawda», un terme signifiant à la fois l'anarchie et le chaos, dans la bande de Gaza.

En revanche, la plupart des chroniqueurs estiment que cette fusillade est le prélude à la campagne électorale qui s'annonce animée, et ce d'autant plus qu'Abbas ne fait pas l'unanimité au sein du Fatah. Source de tension supplémentaire, Marwan Barghouti, député de Ramallah et secrétaire général du Fatah de Cisjordanie, et condamné par la justice israélienne à cinq fois la perpétuité pour sa participation à une série d'attentats ayant provoqué la mort de vingt-six ressortissants de l'Etat hébreu, a annoncé depuis sa prison son intention de présenter sa candidature au scrutin du 9 janvier.

Pour l'heure, cet ancien professeur de musique dans un lycée de Ramallah croupit dans un pénitencier de haute sécurité du sud d'Israël. Mais selon les sondages effectués en septembre dernier en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, Barghouti apparaissait comme la deuxième personnalité politique palestinienne la plus populaire derrière le raïs alors qu'Abbas ne figurait même pas dans le hit-parade.

En fin de soirée dimanche, Barghouti n'avait toutefois pas encore annoncé sa décision définitive (il lui reste une semaine pour le faire) mais son épouse, Fadwa, son avocat et ses sympathisants multipliaient les contacts préparatoires en ce sens. «C'est un homme populaire et un tribun qui a l'aura d'un héros dans la population palestinienne», affirme Zyad Abou Ein, l'un des apparatchiks les plus importants du Fatah de Cisjordanie. «Il parle l'hébreu, il connaît la mentalité israélienne et il a longtemps soutenu les accords de paix d'Oslo. Son élection faciliterait sans doute la reprise de pourparlers de paix.» De plus, Barghouti peut se flatter d'avoir, en 2003, réussi à convaincre depuis sa cellule les différents clans palestiniens de conclure une trêve avec Israël.

Si Ariel Sharon refuse de commenter le processus électoral palestinien, d'autres responsables de l'Etat hébreu multiplient en tout cas les déclarations selon lesquelles Barghouti «finira sa vie en prison». «C'est un terroriste aux mains pleines de sang. Il a été jugé dans les règles et en audience publique par un tribunal de Tel-Aviv qui lui a infligé sa peine», affirme le ministre des Affaires étrangères, Silvan Shalom. «Franchement, je ne vois pas Barghouti en liberté, même s'il annonce sa candidature. S'il le souhaite, il peut toujours se faire élire porte-parole des autres détenus palestiniens, mais rien d'autre.»

Quant au ministre de l'Intérieur, Avraham Poraz, il a estimé que la grâce du député de Ramallah «n'est pas envisageable et est totalement exclue». «Si nous le libérons, n'importe quel assassin pourra également exiger de sortir de prison», a-t-il commenté. Pourtant, dans les milieux diplomatiques, des rumeurs persistantes circulent depuis vendredi selon lesquelles Barghouti pourrait retrouver la liberté dans le cadre englobant également la relaxe d'Azzam Azzam, un Druze israélien condamné en Egypte à quinze ans de prison pour espionnage, et de Jonatan Polard, un ressortissant américain condamné à la prison à vie pour espionnage au profit de l'Etat hébreu.