C’était «tendu», mais «les uppercuts de Nicolas Sarkozy peinent à prendre le judoka Hollande en défaut», selon la métaphore filée d’Ouest-France. Et il n’y a «pas de vainqueur évident», selon la presse française ce jeudi matin, qui revient évidemment sur le débat qui a squatté les chaînes de télévision de l’Hexagone mercredi soir. Avec, à ma gauche, le socialiste François Hollande (voir son site de campagne, triomphaliste) et, à ma droite, l’UMP et président sortant Nicolas Sarkozy (voir aussi son site, plus «prudent»), qui se sont affrontés parfois durement à quatre jours du second tour de l’élection présidentielle.

On pouvait s’y attendre: les avis divergent lorsqu’il s’agit de désigner celui qui s’en est le mieux sorti. Mais pas autant que ça. Avantage: Hollande. Léger. Mais «qui a été supérieur à l’autre? Vaine question. On ne départage pas en trois heures de ping-pong verbal deux hommes du même âge (57 ans), deux débatteurs rodés, agiles, habiles, qui savent toutes les ficelles de la vie politique», jugent les Dernières Nouvelles d’Alsace. «Ce qui était fascinant, en les voyant aussi dissemblables mais moins éloignés l’un de l’autre qu’on ne saurait le croire, écrit Sud-Ouest, était de se dire qu’un pays, au final, choisirait inconsciemment l’image tutélaire de celui dans lequel il se reconnaîtra le plus.»

Mais Libération, par exemple, indique sans surprise que «François Hollande a marqué bien des points» face à un Nicolas Sarkozy «pugnace, accrocheur, cherchant constamment le combat». Le premier, «nettement plus serein, n’a pas esquivé, loin de là, n’hésitant pas à faire monter la pression et à attaquer lui aussi», ajoute le journal, qui titre: «Hollande préside le débat». Mais c’est «désespérant» quand même, car il n’y a pour Nicolas Sarkozy «qu’une seule option […], celle du toujours plus de flexibilité. Comme s’il ne s’agissait que de s’adapter à la crise, et non de la combattre à la racine.»

Le Nouvel Observateur abonde, qui a aussi suivi la passe d’armes sur Twitter avec, comme principal hashtag, #ledebat. Pour le magazine, «le candidat socialiste a largement dominé un duel télévisé au cours duquel Nicolas Sarkozy a semblé plombé par le poids de son bilan». Résultat des courses, «c’est le député de Corrèze qui émerge comme la vraie révélation cathodique de la soirée». Quoique le sondage du Parisien montre un écart minime dans la force de conviction des deux candidats, sur laquelle il a appelé ses internautes à voter: Hollande 50,5%, Sarkozy: 49,5%.

Tout autre son de cloche – mais tout aussi prévisible – dans Le Figaro, qui a pour sa part assisté à un débat entre «un ancien» à gauche et «un moderne» à droite. «Tous les dirigeants qui, en Europe, depuis 2008, ont dû affronter un scrutin majeur […] ont perdu», écrit-il sous une une barrée du titre «Haute tension». Mais – car il y a un mais – «ils n’avaient pas face à eux François Hollande, son langage daté et sa gauche disparate. C’est cette différence majeure qui donne toujours à Nicolas Sarkozy l’espoir de l’emporter sur le fil dimanche prochain.» Peut-être grâce aux électeurs de Marine Le Pen, qui trouveront leur miel dans France-Soir, avec ce titre: «L’immigration, éternel point faible du socialiste».

«Choc frontal» pour La Croix, aux yeux de laquelle Hollande «s’est révélé un débatteur pugnace, conduisant souvent» son adversaire «à adopter une attitude défensive sur ses propositions, sans être contraint par le candidat socialiste au même exercice d’argumentation sur son bilan ou son projet». Ainsi, le chef d’Etat sortant a «pu sans doute marquer des points. Mais, sans doute, sa domination n’a pas été à ce point décisive pour inverser la tendance installée de cette présidentielle où il est désormais en position de challenger.» Alors «pourquoi Nicolas Sarkozy prend-il le risque» d’augmenter les clivages politiques? se demande le journal chrétien, avant d’apporter la réponse: «Le président sortant cherche à endosser une stature de l’homme d’Etat» qui dépasse tout cela. Un homme d’Etat «churchillien».

L’Humanité pense, elle, que «tout semble se passer comme si le chef de l’Etat […] voulait achever d’ici à l’élection présidentielle l’œuvre de démolition du modèle social, accélérer la déréglementation du travail». Et La Voix du Nord souligne que «Nicolas Sarkozy a choisi hier soir de durcir le clivage droite-gauche». C’est «bien joué mais risqué», estime à cet égard La Nouvelle République. D’autant que, selon Paris Normandie, «le président [ a joué] une sorte de va-tout». Alors, c’est bien simple, «ça passe ou ça casse», résume Le Journal de la Haute-Marne, tout comme Midi libre, qui se demande: «Président courage ou président kamikaze?» Tandis que L’Alsace, de son côté, estime que dans ce «débat télévisé électrique et sans concession», il a joué «la présidentielle à quitte ou double». C’est un «coup de poker», ajoute L’Est républicain.

La Montagne, elle, se trouve un peu toute seule dans son coin. Elle estime que «Nicolas Sarkozy a sans doute repris la main et quelques points dans les sondages». Alors que La Charente libre ironise sur un homme qui n’était «pas du tout préoccupé par sa candidature. La meilleure preuve: il exclut toute augmentation d’impôts. Et ça, ça ne trompe pas…» Alors que «François Hollande, dans le comportement et l’attitude, a été le plus présidentiel des deux, jouant en quelque sorte le coucou du nid sarkozien», selon la jolie formule du Républicain lorrain.

Quant au Monde, il résume: «On peut parler de match nul» après «un débat particulièrement tendu, voire violent». «Mais comme M. Hollande partait en position de favori, on peut dire qu’il reste le favori. M. Sarkozy n’est pas parvenu à le déstabiliser, alors que c’était vraiment son objectif de départ.» Alors, qu’en dit la presse économique? Les Echos éprouvent «un terrible sentiment de frustration». Car «la vieille démocratie française a, une fois encore, sacrifié à un rituel sacralisé» où «tout se passe et rien ne se joue». Selon eux, «les Français méritaient mieux […] à trois jours d’élire celui dont dépendra le sort, plus incertain que jamais, d’un modèle français ébranlé». Problème, selon Le Progrès de Lyon: «Ils ont été tous les deux convaincants: leur débat, par la longueur et la dureté même de ses échanges, a démontré combien le vote de dimanche est capital.»

Bien sûr, ces «144 minutes d’échanges musclés» sont aussi décryptées par La Tribune, après qu’elles ont été «observées avec un certain désappointement par Laurence Ferrari et David Pujadas». Brillante analyse dans ce journal en ligne, pour lequel «l’avalanche de chiffres» – «pas toujours justes d’ailleurs, mais la twittosphère a rectifié en direct» – «a pu désorienter ou repousser certains. Soit. Mais on ne peut pas répéter à l’envi que les politiques ne vont pas au fond des choses et se plaindre d’eux quand ils rentrent dans le «dur». Vieille rengaine que ce débat a renvoyée à la bibliothèque des idées reçues. Bien sûr, nous avons eu droit aux petites mesquineries habituelles en ces circonstances. Pas plus ni moins que d’habitude, et elles sont après tout l’ingrédient indispensable à ce genre d’événement. C’est aussi ça la politique, et c’est tant mieux.»

«Mais surtout, enchaîne le quotidien économique, derrière cette bataille de chiffres et de petites piques, se dessinaient clairement deux personnalités, deux lignes, deux choix, que relève aussi Le Courrier picard: au final, un jeu subtil de piques et d’esquives qui aura délivré, davantage que la vérité des programmes, celle des caractères.» Alors, «d’abord, les hommes. Hollande? Bien davantage pugnace que son sobriquet de Flamby voulait le laisser croire […]. Il était hier soir en position de challenger qui n’hésite pas à interrompre son adversaire, à le pousser dans ses retranchements, en prenant des risques. Du Sarkozy ou presque.» Et ce dernier, «habilement […] est resté prudent – même s’il s’est un rien emporté en fin de parcours. […] Une prestation sans emphase, ni grandiloquence. Celle d’un… premier ministre. Ou presque. En tout cas très éloignée de celles qu’il a produites au cours de ses derniers meetings. […] Oui, nous avons entendu des invectives – «c’est un mensonge», «prouvez-le», un très maladroit «vous êtes un petit calomniateur» de Nicolas Sarkozy… Oui, c’était long […]. Oui, l’actualité internationale a été quasiment oubliée. Mais c’était une vraie confrontation. La campagne a été longue, trop longue. Il est heureux qu’elle se termine ainsi. Les Français peuvent maintenant voter.»

Et les Suisses qui ont la double nationalité aussi. Ils liront avec intérêt l’éditorial commun de la Tribune de Genève et 24 Heures, «Le quitte ou double de Sarkozy», après un débat qui «a été bon. Mais sans temps forts», pensent les deux journaux lémaniques. Ou après un duel qui a au contraire «viré au véritable pugilat», selon La Liberté de Fribourg.