Deux jours après le dynamitage d'un mausolée chiite dans la ville sunnite de Samarra, qui a déclenché un cycle de violences et de représailles qui a fait au moins 130 morts, un couvre-feu a été imposé vendredi jusqu'en milieu d'après-midi à Bagdad. La mesure a aussi été appliquée dans trois autres provinces irakiennes pour éviter tout débordement à la sortie des mosquées alors que la situation restait extrêmement tendue entre les communautés sunnite et chiite.

Selon un communiqué du bureau du premier ministre, Ibrahim Jaafari, diffusé par la télévision officielle al-Iraqia, le couvre-feu nocturne a été prolongé jusqu'à vendredi 16heures. La mesure est appliquée à Bagdad ainsi que dans les provinces de Diyala (nord-est), Babylone (sud) et Salaheddine (nord), où se trouve la ville sunnite de Samarra.

A Bagdad, des barrages ont été mis en place pour empêcher tout déplacement entre les différents quartiers de la ville. En revanche, la circulation à pied et en voiture se poursuivait à l'intérieur des quartiers. Les fidèles ont assisté à la prière du vendredi chacun dans son quartier. Selon une source de sécurité, les vols civils ont été annulés à l'aéroport de Bagdad.

A Samarra, l'interdiction de circuler était totale et les forces de sécurité avaient reçu l'ordre de tirer sur tout contrevenant. Les rues étaient totalement désertes et ni piétons ni voitures ne circulaient. Les mosquées ont relayé par haut-parleurs les appels au couvre-feu.

Attentat visant un ministre

Dans la même ville, le ministre de la Construction et du logement, Jassem Mohammad Jaafar, a affirmé vendredi avoir échappé la veille à un attentat après une tournée d'inspection.

A Baaqouba, chef-lieu de la province mixte de Diyala, l'affluence était limitée dans les mosquées sunnites et chiites, où les imams ont appelé à l'unité. L'imam de la mosquée sunnite Chahbandar, cheikh Chahab al-Samarraï, a qualifié «d'actes terroristes le dynamitage du mausolée de Samarra et les attaques des mosquées». «Ceux qui ont dynamité le mausolée sont ceux qui ont brûlé les mosquées pour susciter la sédition. Il n'y a pas de différences entre Arabes, Kurdes, sunnites et chiites», a-t-il dit.

Des manifestations condamnant les attaques des lieux saints et en faveur de l'unité ont eu lieu dans les villes chiites de Kout, Nassiriyah, Amara, Koufa, Bassorah.

Dans la ville à majorité sunnite de Mossoul, à 370 km au nord de Bagdad, 500 sunnites et chiites ont manifesté ensemble dans le nord-est de la ville, en arborant des drapeaux irakiens et scandant «L'Amérique est l'ennemi de dieu», et «Nous sacrifierons notre sang pour l'islam».

Les corps de 13 personnes, non identifiées, les mains liées et criblées de balles, ont été découverts dans la matinée dans différents quartiers de Bagdad, selon une source du Ministère de l'intérieur.