Joe Biden n’a pas perdu de temps. A peine installé dans le Bureau ovale, le voilà qui s’est empressé de signer plusieurs décrets présidentiels et mémorandums, pour inverser des mesures prises par son prédécesseur Donald Trump, jugées nocives et abusives. Réintégrer l’Accord de Paris sur le climat et l’OMS, stopper la construction du mur à la frontière mexicaine, régulariser la situation de centaines de milliers de clandestins ou encore imposer le port du masque dans les bâtiments fédéraux pour lutter contre le Covid-19: Joe Biden exprime clairement ses priorités. Et son impatience à régler les graves crises auxquelles les Etats-Unis sont confrontés.

Déjà plus de 406 000 morts

Jamais un président n’avait agi avec autant d’empressement, s’accordent à dire les commentateurs américains. Son message est clair: pour réparer les dégâts commis par Donald Trump, il y a urgence. A travers la nouvelle administration Biden, et en particulier Anthony Fauci, les Etats-Unis ont fait, jeudi, leur grand retour à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le symbole ne pouvait pas être plus fort. L’immunologue, qui jouit d’une réputation internationale à faire pâlir d’envie tout scientifique, incarne la lutte contre le covid aux Etats-Unis. Désormais conseiller de Joe Biden, il faisait partie de la cellule de crise covid sous Trump, et a souvent dû se battre contre le désormais ex-président, qui n’a cessé de minimiser les effets de la pandémie.

Devant les pontes de l’OMS – il a participé à une réunion de son conseil exécutif –, Anthony Fauci a été très clair: les Etats-Unis ont bien l’intention de «remplir leurs obligations financières envers l’organisation». La lutte contre la pandémie est l’une des priorités absolues de la nouvelle administration. Mercredi, Joe Biden a annoncé que le port du masque serait obligatoire dans tous les bâtiments fédéraux, ainsi que pour tous les employés fédéraux. De nouvelles mesures ont été présentées jeudi, notamment pour accélérer les campagnes de vaccination et de dépistage. Au Congrès, c’est un plan de relance de 1900 milliards de dollars qu’il va tenter de faire passer, pour pallier les conséquences économiques de la pandémie. Les Etats-Unis comptent par ailleurs se joindre au dispositif Covax, mis en place par l’OMS pour distribuer des vaccins anti-covid à au moins 20% de la population des pays les plus défavorisés d’ici à fin 2021.

Avec déjà plus de 406 000 morts, le covid a tué davantage, aux Etats-Unis, que la Deuxième Guerre mondiale de soldats américains et totalise plus de 24,4 millions de personnes qui ont été infectées. Lors de son discours inaugural, le président démocrate a prévenu que les Etats-Unis allaient entrer dans «la phase la plus mortelle du virus».

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Un plan de 2000 milliards

Autre priorité: la lutte contre le changement climatique. Joe Biden tient à se démarquer de l’administration Trump qui affichait son climatoscepticisme en étendard. Et pour cela, il a nommé John Kerry, secrétaire d’Etat dans l’administration Obama, comme émissaire spécial pour le climat. Pour ce dernier, il s’agit ni plus ni moins de «restaurer la crédibilité de l’Amérique». Un sommet est notamment prévu pour convaincre les dirigeants de nations «polluantes» à participer activement à l’objectif d’atteindre la neutralité carbone dès 2050. Joe Biden a par ailleurs décidé de stopper la construction d’un oléoduc contesté entre les Etats-Unis et le Canada, le Keystone XL. Dès février, il présentera, au Congrès, un plan détaillé de 2000 milliards de dollars pour le climat, avec des éléments empruntés au Green New Deal défendu par la frange progressiste du Parti démocrate.

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Sur le front migratoire, l’annonce majeure, et attendue, est l’arrêt de la construction du mur à la frontière sud des Etats-Unis, annonce aussitôt saluée par le ministre des Affaires étrangères mexicain. Le mur était l’une des principales promesses de Donald Trump en 2016. Joe Biden annule également le décret anti-musulmans, qui empêchait les ressortissants de pays à majorité musulmane de pouvoir entrer sur sol américain. Il prévoit une vaste réforme migratoire, nécessitant l’aval du Congrès, qui devrait permettre à près de 700 000 clandestins arrivés mineurs aux Etats-Unis, les fameux «dreamers», de régulariser leur situation. Donald Trump avait annulé le programme DACA de Barack Obama censé protéger les «dreamers», voilà que Joe Biden cherche à le ressusciter.

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Joe Biden souhaite aussi plus de diversité au sein de l’administration et lutter contre le racisme systémique et la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle ou du genre. Selon Jen Psaki, la nouvelle porte-parole de la Maison-Blanche, Joe Biden ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Il faudra probablement s’attendre à une avalanche de mesures dans les prochains jours.