C'est lors d'un discours solennel à la nation, depuis le Bureau ovale, que Donald Trump a annoncé la mesure mercredi soir: «Pour empêcher que de nouveaux cas pénètrent dans notre pays, je vais suspendre tous les voyages en provenance d'Europe vers les États-Unis pour les 30 prochains jours. La mesure entre en vigueur à partir de vendredi minuit.» Du jamais vu.

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Seul le Royaume-Uni n'est pas visé. Critiqué pour avoir minimisé la crise sanitaire provoquée par le coronavirus et contesté des chiffres officiels, le président a cette fois décidé d'agir et de prendre des mesures urgentes de grande ampleur, pour protéger les Américains. Il a par ailleurs enfin prononcé les quatre mots que beaucoup attendaient depuis longtemps: «Lavez-vous les mains.» Jusqu'ici, Donald Trump semblait hermétique aux consignes de base de l'OMS et des médecins pour éviter une propagation plus rapide de la pandémie.

UE critiquée

Le ton grave, les mains jointes, Donald Trump a très vite attaqué l'Union européenne, «qui a failli». A cause d'elle, a-t-il dit en substance, «des foyers d'infection se sont développés aux Etats-Unis», car Bruxelles n'a pas su prendre les mêmes précautions que Washington vis-à-vis de la Chine. C'est ainsi qu'il justifie la fermeture des frontières aux Européens, décision qui affole les marchés boursiers et inquiète les compagnies aériennes.

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Robert Redfield, le directeur des Centres de détection et de prévention des maladies américains (CDC), a tenu des propos similaires dans la journée: «La vraie menace pour nous, c'est désormais l'Europe. C'est de là qu'arrivent les cas. Pour dire les choses clairement, l'Europe est la nouvelle Chine.» Les Etats-Unis avaient le mois dernier limité l'entrée de voyageurs en provenance de Chine et conseillé de ne plus se déplacer vers les foyers à risques. Désormais, le secrétariat d'Etat exhorte carrément les Américains de ne plus se rendre du tout à l'étranger

Avec la nouvelle mesure édictée mercredi, seuls les Américains et les résidents permanents qui ont subi de tests appropriés pourront se rendre aux Etats-Unis, a encore précisé Donald Trump. Comme pour balayer les critiques qui le visent, le président n'a cessé de louer la «rapidité de réponse» des Etats-Unis: «Nous avons les meilleurs médecins du monde; nous allons éradiquer ce virus étranger de manière expéditive.» Il a dû s'adonner à une précision de taille plus tard: seules les personnes sont touchées, pas les biens et marchandises, qui continueront de circuler. Il s'était montré plus vague lors de son discours, entraînant de nouvelles craintes. 

Parmi les autres mesures annoncées figurent une réduction des taxes sur les salaires, des programmes de soutien pour les entreprises en difficultés, ainsi que le report de la date butoir de paiement des impôts, pour «réinjecter 200 milliards de dollars de liquidités supplémentaires dans l'économie». La plupart des mesures devront être avalisés par le Congrès.

Avec la pandémie, des millions d'employés américains et d'indépendants pourraient être contraints de rester chez eux, alors même qu'ils n'ont pas d'assurance maladie ni de paie garantie en cas d'absence. Voilà la dure réalité du système américain. Donald Trump a assuré que les compagnies d'assurances allaient mieux couvrir les soins liés à la pandémie. Tout cela reste encore à préciser. 

Plus de 1 300 cas 

Quelques heures avant le discours de Donald Trump, les propos d'un médecin du Congrès, le Dr Brian Monahan, avaient provoqué une certaine panique. Entre 70 et 150 millions d'Américains (sur une population de 330 millions) pourraient à terme être contaminés par le coronavirus, a-t-il fait savoir lors d'une réunion à huis clos, selon les révélations de NBC News. Le président s'est bien gardé d'évoquer ces projections, lui qui assurait encore mardi que le virus allait «bientôt disparaître». Il a préféré relever que les cas étaient pour l'instant peu nombreux.

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Or ces derniers jours, ils ont nettement augmenté après le constat que certains tests avaient été défectueux. Plus de 1 300 cas de contamination et une quarantaine de morts étaient dénombrés mercredi. Cherche-t-il à se montrer rassurant ou continue-t-il de minimiser la crise? Mercredi, Donald Trump a une nouvelle fois laissé entendre que le virus pourrait bientôt être éradiqué. «Ce n'est pas une crise financière. C'est juste un moment temporaire que nous allons surmonter en tant que nation et en tant que monde», a-t-il fait savoir.

Donald Trump s'est jusqu'ici souvent répandu en messages contradictoires. Il semble surtout inquiet des conséquences de la pandémie sur sa campagne présidentielle, lui qui a toujours tablé sur de bons résultats économiques pour garantir sa réélection. Le Covid-19 vient sérieusement perturber la course à la Maison-Blanche. Les démocrates Joe Biden et Bernie Sanders ont dû annuler des meetings mardi soir. Donald Trump a dans la foulée de son discours à son tour annoncé devoir renoncer à des déplacements dans le Colorado et le Nevada.