Face à la grave crise économique mondiale qui se profile en raison du coronavirus, les social-démocraties, en particulier européennes, sont-elles à même, avec leurs filets sociaux relativement développés, d’absorber le choc? Au XXIe siècle, l’âge d’or de l’Etat providence incarné par des figures aussi vénérées qu’Olof Palme ou Willy Brandt semble bien révolu. Avec la désindustrialisation et la globalisation, ce modèle politique qui résulte d’un compromis entre le capitalisme et le socialisme a maintenu un niveau de protection sociale important. Mais dans le même temps, les partis politiques qui le portent ont perdu leur assise et leur soutien populaire. Après les heures glorieuses de l’après-guerre, les années 1980 marquent une rupture. Le capitalisme de compromis cède la place au capitalisme néolibéral, provoquant l’avènement d’un social-libéralisme. Les services publics se privatisent en partie. Aujourd’hui, endettés, les Etats peinent à financer des systèmes de sécurité sociale très onéreux. La pandémie de Covid-19 peut-elle changer la donne?

Une tâche de l’Etat

Professeur de la globalisation et du développement de l’Université d’Oxford, Ian Goldin reconnaît que le Covid-19 et les graves conséquences économiques qu’il va engendrer représentent un défi colossal pour les Etats. Mais «nombre de gens se sentent extrêmement soulagés de vivre dans une social-démocratie qui ne les laissera pas mourir de faim ou sans logement. Pourtant, le Covid-19 a fortement accru les inégalités et la polarisation des sociétés, même européennes.» Ian Goldin le constate: «C’est étonnant, mais presque tout le monde est d’accord pour dire qu’on est en présence d’un problème qui doit être résolu surtout par les Etats.» Les éléments du filet social qu’il juge vitaux vont de l’assurance chômage à une éducation de qualité, à des repas scolaires gratuits pour nombre d’enfants qui en dépendent, la garantie d’un logement et une assurance invalidité digne de ce nom et une couverture médicale universelle.