Ceux qui arrivent en ce moment en Chine découvrent un étrange comité d’accueil. Après une longue attente dans l’avion d’où ils descendent au compte-gouttes, les passagers doivent déclarer sur l’honneur leur itinéraire des quatorze derniers jours, les menteurs s’exposant à des poursuites. Une fois passées les douanes, ils sont emmenés vers des zones de confinement. Là, les voyageurs arrivant des pays les plus touchés sont soumis systématiquement au test d’ARN pour détecter le Covid-19.

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Après avoir réussi à contrôler l’épidémie de SARS-Cov-2 qui a émergé à Wuhan en décembre 2019, la Chine prend toutes les précautions possibles pour se protéger des cas importés de l’étranger, désormais plus nombreux que les cas découverts sur son sol. Dimanche 22 mars, 46 personnes ont été testées positives, dont une seule n’avait pas quitté le pays récemment. La Chine, qui a vécu près d’un mois de paralysie générale – et plus encore pour la province du Hubei, toujours en quarantaine –, veut à tout prix éviter une nouvelle vague. Plusieurs villes, comme Shanghai et Canton, testent désormais tous les voyageurs arrivant de l’étranger, quel que soit leur pays de provenance.

Une procédure laborieuse et à la logistique lourde: beaucoup de passagers passent la journée dans des centres, avant d’être envoyés chez eux pour les plus chanceux, ou dans des hôtels réquisitionnés. Ceux qui peuvent rentrer à domicile sont raccompagnés par des véhicules officiels qui les déposent à l’entrée de leur résidence, où les attendent des membres des comités de quartier, en combinaison, masque et lunettes pour les accompagner jusqu’à la porte.

Suspicions sur les chiffres

Mais le risque pourrait aussi venir de la Chine elle-même, où les chiffres officiels soulèvent des suspicions. Hors du Hubei, la courbe des infections s’est infléchie à partir du 7 février et, dès le 17 février, elle a été parfaitement plate. Le pays de 1,4 milliard d’habitants ne déclare quasiment aucun nouveau cas, alors que la majorité des provinces de Chine se remettaient au travail et autorisaient à nouveau les déplacements. Ce succès est sans doute à mettre au crédit des contrôles stricts: prise de température et désinfection des mains à l’entrée de tous les commerces, masque porté systématiquement, traçage de la population par des applications mobiles.

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Certains mettent pourtant en doute la version officielle. D’après un médecin de Wuhan cité par l’agence de presse japonaise Kyodo News, beaucoup de patients atteints du Covid-19, en observation, ont été renvoyés des centres d’isolement juste avant la visite de Xi Jinping dans la ville le 10 mars. Une mesure dangereuse, puisque des rechutes ont été signalées. Mais le président chinois a demandé aux autorités locales d’éradiquer l’épidémie, tout en relançant l’économie. Face à ces objectifs difficiles à concilier, ces autorités locales pourraient être tentées de minimiser de nouvelles irruptions de la maladie pour rassurer la population et satisfaire leurs supérieurs. Si l’épidémie est bien sous contrôle, la victoire est fragile.


L’urgence absolue: Italie et Espagne

En Italie, 792 morts, et en Espagne, 400 pour la seule journée de samedi. La pandémie tourne à la tragédie dans les deux pays latins. Face à l’urgence, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a décrété l’arrêt de «toute activité de production qui ne serait pas strictement nécessaire». Les supermarchés et les pharmacies resteront toutefois ouverts, de même que les services postaux et les transports publics. Le gouvernement interdit l’accès aux parcs. Plus de 11 000 citoyens ont été amendés pour ne pas avoir respecté les règles de confinement. En Espagne, le gouvernement prolonge l’état d’urgence jusqu’au 11 avril et élargit le rôle de l’armée. Imposé depuis le 14 mars, le confinement des 46 millions d’Espagnols est quasi total. Il est possible d’aller faire des courses, à la pharmacie, mais exclu d’aller voir des amis. Les étudiants en dernière année de médecine ont été mobilisés. A Madrid, un immense hôpital de campagne improvisé, le plus grand d’Europe, devrait pouvoir garantir 5500 lits. SB

La semaine décisive: France

L’accord donné par le parlement, dimanche, à l’état d’urgence sanitaire pour deux mois est intervenu sur fond d’interrogations. Comment convaincre les gens de rester chez eux, autrement que par des amendes? Que faire si les services de réanimation craquent? Deux régions sont saturées: l’Alsace et la Corse. Dans les deux cas, des évacuations de patients y ont été assurées par les avions et navires de l’armée, avant l’ouverture d’un hôpital militaire à Mulhouse. Un premier médecin hospitalier est décédé dimanche. La France confinée vit surtout mal la confusion au sujet de la pénurie de masques – reconnue par le gouvernement qui en a commandé vendredi 250 millions en urgence – et d’équipements indispensables au dépistage de masse. Emmanuel Macron pourrait annoncer lundi soir le verrouillage de l’Ile-de-France et du Grand-Est. L’hypothèse d’un confinement jusqu’à fin avril apparaît crédible. Seul espoir: les essais positifs d’un traitement à la chloroquine entamés à Marseille et intégrés à un essai européen. Réponse dans six semaines. RW

Vers le confinement: Etats-Unis

L’Etat de New York totalise presque la moitié des cas de tous les Etats-Unis alors qu’il ne représente que 6% de la population du pays. Le confinement était donc inéluctable. Evoqué d’abord par le maire de New York, Bill de Blasio, le gouverneur de l’Etat, Andrew Cuomo, semblait moins pressé. Mais depuis dimanche soir, les habitants de tout l’Etat sont priés de rester chez eux, seules les activités «essentielles» étant autorisées. La Californie avait franchi le pas quelques heures plus tôt. L’Illinois, le New Jersey, le Connecticut, la Pennsylvanie et le Nevada ont désormais des mesures plus restrictives que celles ordonnées par la Maison-Blanche. Vendredi encore, Donald Trump écartait tout confinement généralisé. Mais, en raison des décisions des gouverneurs et maires, plus de 100 millions d’Américains (presque 1 sur 3) sont déjà claquemurés chez eux. Les trois plus grandes villes du pays, New York, Los Angeles et Chicago, sont concernées. La crainte d’une pénurie de masques et de respirateurs artificiels est vive. VdG

Les trous noirs: Idlib et Gaza

«Le nord-ouest de la Syrie n’est pas un Etat.» La formule d’un porte-parole de l’OMS résume la situation dans la province d’Idlib, où s’entassent 3 millions de personnes. Ici, les kits de détection du coronavirus n’arrivent pas (ils s’arrêtaient jusqu’à cette semaine à Damas), même l’eau manque pour se laver les mains, tout comme les espaces de confinement en vue d’éventuelles quarantaines, tandis que les personnes s’emploient déjà à survivre sous les tentes, dans des bâtiments en ruine ou au bord des routes même. Officiellement, aucun cas de Covid-19 n’a été encore répertorié, même si les «symptômes grippaux» sont en augmentation. Autre «non-Etat», la bande de Gaza où se concentrent quelque 2 millions de Palestiniens. Alors que les écoles et les marchés sont fermés depuis deux semaines, les deux premiers cas de maladie ont été signalés ce week-end. Soumise à un blocus par Israël depuis 2007, la bande de Gaza dispose de moins de 3000 lits d’hôpital et, en tout et pour tout, d’une cinquantaine de respirateurs artificiels. LL

Le déni: Russie, Brésil, Turquie

Le pouvoir russe annonce des centaines de cas de Covid-19. Or le syndicat de l’Alliance des docteurs de Russie affirme que les autorités camouflent beaucoup de victimes en les faisant passer pour des décès de simple pneumonie. Au Brésil, Jair Bolsonaro a bravé les règles de distanciation sociale, émettant un message dangereux à la population alors que 23 membres de son entourage ont été testés positifs. Minimisant au départ la crise, Ankara a suspendu les vols en provenance de 46 destinations. SB

L’immunité de masse: Suède et Pays-Bas

Suédois et Néerlandais envisagent une stratégie controversée: laisser courir le virus jusqu’à ce que 60% de la population soit infectée, soit le seuil nécessaire pour qu’un groupe humain développe une immunité de masse. Mais cette approche pourrait submerger les services de soins intensifs. Elle compromettrait aussi les efforts de leurs voisins membres de l’espace Schengen. Le Royaume-Uni, principal promoteur de cette théorie, a reculé suite à un rapport de l’Imperial College prédisant la mort d’un demi-million de Britanniques. MA

L’inconnue: l’Afrique

Le coronavirus est arrivé en Afrique, démenti à ceux qui espéraient que le virus ne supporte pas la chaleur. Le continent recense moins de 1000 cas mais le risque de propagation est effrayant dans les bidonvilles, où l’eau courante est un luxe inaccessible. De nombreux pays ont pris des mesures drastiques, suspendant les vols vers l’Europe, fermant les écoles ou enfermant même leur population. Quant aux systèmes de santé, ils sont déjà très vulnérables. La chance de l’Afrique est sa jeunesse, plus résistante au virus. SP

Les succès: Corée du Sud et Taïwan

Ces deux pays ont en mémoire l’épidémie de SRAS. Le cas le plus frappant concerne Taïwan. Attentive dès fin décembre aux avertissements de médecins de Wuhan, l’île a dépisté et mis en quarantaine à large échelle. Paradoxe: sous pression de la Chine, Taïwan n’est pas membre de l’OMS. Des mesures similaires ont été entreprises par la Corée du Sud. Le recours fréquent au dépistage a été repris par l’Allemagne, ce qui explique en partie le faible taux de mortalité outre-Rhin en comparaison européenne. MA

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