Après deux semaines de confinement, il apparaît que la pandémie qui frappe le monde nous laisse à peu près aussi démunis que l’ont sûrement été nos aînés pendant la grippe espagnole. Si nous sommes bien plus informés qu’en 1918, qu’est-ce qui explique que nos autorités, que nos sociétés et que nous, individus, ayons été aussi lents à réagir?

Il y a plusieurs raisons qui expliquent que nous n’ayons pas compris l’ampleur de la catastrophe qui se préparait. Parce que l’épidémie s’est déclarée dans un pays notoirement sous-développé en termes d’information, il a peut-être manqué le déclic, l’étincelle susceptible de nous alerter. La Chine a commencé à souffrir aux yeux du monde en janvier et nous étions encore à nous demander combien de temps cela durerait… sans jamais nous douter que deux mois plus tard nous serions confinés à la maison pour une période indéterminée!

Nous avons regardé différents pays se débattre dans la crise sans jamais vraiment intégrer que nous serions tôt ou tard concernés au premier chef. Le déni comme un réflexe de survie face à l’imminence d’un danger? Les vidéos et les photos de ces personnels médicaux totalement submergés, les gens sur les balcons en train de fraterniser, les infirmières aux visages marqués par les masques trop longtemps portés… Nous avons vu ces images en provenance de Chine, puis d’Italie, c’est désormais une réalité chez nous et nous les verrons bientôt en provenance des Etats-Unis.

En ce sens, il semblait irréel de voir les dirigeants américains, Donald Trump en tête, nier la réalité du problème il y a quelques jours encore. Avant de radicalement changer d’avis et de tenter d’adapter leur réponse sanitaire. Pourquoi les Américains ne comprenaient-ils pas ce nous vivions et qui deviendrait rapidement leur réalité?

Une écrivaine italienne se faisait la même réflexion dans un quotidien français il y a tout juste neuf jours et nous ne l’entendions pas. «Je vous écris depuis votre futur», disait-elle. Neuf jours, autant dire une éternité. Dans une Europe tellement tournée vers les Etats-Unis, qui nous influencent depuis plus d’un siècle, nous avons tout à coup dû comprendre le monde en l’observant d’Est en Ouest. C’est tout à coup la Chine qui dictait la tendance. Comme s’il fallait soudain apprendre à lire de droite à gauche. Là, c’était trop pour nous.

Il faut se rappeler que l’OMS, elle-même, a tardé à correctement qualifier le problème. L’organisation a déclaré l’état de pandémie – c’est-à-dire que la propagation du virus prenait une ampleur mondiale – le 11 mars seulement. Le temps viendra où nous aurons suffisamment de recul pour enquêter sur les fautes et les manquements dans cette crise.

Dans l’immédiat, et avant de rejeter la faute sur un coupable idéal, de se battre au sujet des avantages ou des risques de la chloroquine et de trouver le remède miracle, il faut assumer ce qui semblait encore difficile à dire il y a peu dans une société aussi avancée que la nôtre: nous ne savons pas.