Emmanuel Macron n'aime d'ordinaire guère les faits. Alors que la plupart de ses homologues européens se sont, depuis le début de l'épidémie de Covid-19, focalisés sur les mesures concrètes pour y faire face, le président français avait choisi, le 16 mars, d'haranguer son pays à entrer en «guerre» contre cet «ennemi invisible». Au risque de devenir – ce qui n'a pas manqué – la cible des critiques au fil des problèmes d'approvisionnement en matériel de protection ou autres tests de dépistage, barrages à l'union nationale tant souhaitée...

Lire aussi l'article lié: Le 11 mai, date charnière pour la France contre l'épidémie

Un président sous pression

Il lui fallait donc, ce 13 avril, changer de cap et tirer les premières leçons de ces trois semaines de confinement strict de la population durant lesquelles il s'est rendu, à plusieurs reprises, sur le terrain pour rencontrer soignants, scientifiques et malades. Mission en partie accomplie. Bien plus humble que d'habitude, mais aussi plus sobre dans son expression, le Chef de l'Etat français a cette fois martelé un objectif précis, tangible, dont tous ses compatriotes et partenaires européens pourront juger s'il est atteint ou pas: le début du déconfinement le 11 mai prochain.

Lire également: Emmanuel Macron en mode social face au Covid-19

L'immense majorité des 67 millions de Français seront alors restés chez eux pendant presque deux mois. Prendre ainsi rendez-vous, en garantissant l'accès aux tests de dépistage pour les personnes présentant des symptômes, et la distribution de masques grand public de protection, revient à sortir des querelles politiques. Et à remettre au coeur du débat l'efficacité dans la lutte anti-épidémie. Manière, par avance, de préparer les procès et les commissions d'enquêtes futurs - qu'il sait inévitables - sur les erreurs commises, dont certaines, comme «les lenteurs et les procédures inutiles» de l'administration, ont été évoquées dans son discours.

Emmanuel Macron a compris – et il l'a d'ailleurs dit – qu'il doit se réinventer face à ce tsunami du Covid-19, dans un pays où la population attend beaucoup, voire tout, du locataire de l'Elysée. Sa phrase sur la nécessité de «construire un nouveau projet et une nouvelle raison de vivre ensemble» le démontre. C'est, pour ceux qui croient encore en lui, un réel soulagement. Avec un triple mode d'emploi. Un président plus social, incontournable vue l'ampleur des aides économiques que l'Etat va devoir injecter dans l'économie. Un président plus attentif aux inégalités et à ces trois «lignes» qu'il a de nouveau citées (la première, celle des soignants; la seconde, celle des métiers mobilisés en soutien, la troisième, celle des français confinés). Un président qui défend la souveraineté nationale en matière de production industrielle, comme le prouve son rappel sur la multiplication par cinq du nombre de masques produits en France, et la fabrication de plus de 10 000 respirateurs.

Les défis de l'avenir

Le problème est que derrière chacun de ces engagements se cachent des questions redoutables, largement contradictoires avec la «révolution» macronienne de 2017, d'inspiration sociale-libérale, individualiste, et européenne. Plus grave: rien ne dit que le «tout Etat», incontournable aujourd'hui en France pour affronter la crise sanitaire et son choc économique immédiat, soit demain la solution pour relancer le pays et retrouver le chemin d'une croissance capable de redonner emplois et rémunérations décentes à tous ceux qui se sont mobilisés contre l'épidémie, et aux millions de travailleurs menacés dans un proche avenir de perdre leur emploi.

Le soulagement de voir ce chef de l'Etat «transformé» par le Covid-19 ne doit pas faire oublier que les défis, demain, exigeront encore plus de sacrifices et de choix difficiles, mais aussi davantage d'investissement privé, d'initiatives individuelles et de réussites entrepreneuriales et collectives. Le nouveau contrat de confiance qu'Emmanuel Macron espère conclure avec les Français, à l'occasion du déconfinement de la population à partir du 11 mai, exigera également de ceux-ci qu'ils tirent les leçons d'un Etat providence mal géré, de leurs désunions et de leurs polémiques. Pour parvenir peut-être, comme leur président, à se réinventer.