«Halte à la dictature religieuse, liberté de circuler pour toutes et tous». A Tel-Aviv, à Jérusalem et à Beit Shemesh, dans la banlieue de Jérusalem, plusieurs milliers de personnes ont manifesté mardi pour dénoncer la terreur que font régner les groupes religieux ultraorthodoxes dans certains quartiers de leur ville.

Tout a commencé vendredi dernier, lorsque la deuxième chaîne de la télévision israélienne a diffusé un reportage montrant Naama Margoulis, une fillette de huit ans, traumatisée par les «Sicaires», les milices ultraorthodoxes, qui l’accusent d’«impudeur» parce qu’elle n’emprunte pas les trottoirs de Beit Shemesh réservés aux femmes.

Le témoignage de la fillette a fait d’autant plus de bruit que, quelques jours auparavant, Tania Rozenblit, une étudiante âgée de 28 ans, avait été malmenée dans un autobus reliant Ashdod à Jérusalem parce qu’elle avait «osé» s’asseoir à l’avant du véhicule (que les ultraorthodoxes réservent aux hommes) au lieu d’entrer par l’arrière et de rester dans la zone cantonnée aux femmes.

«Ces incidents ont été précédés par des centaines d’autres partout en Israël. Ils sont emblématiques de la misogynie sévissant chez les ultraorthodoxes mais ils reflètent aussi l’évolution – ou plutôt la régression – de notre société», affirme la députée progressiste Zeeva Galon. Et de poursuivre: «En 2011, dans un pays qui se prétend démocratique, qui peut décemment accepter que des femmes soient obligées de porter une sorte de burka? Si nous ne mettons pas dès aujourd’hui le holà à ces pratiques, les Sicaires et les rabbins qui les inspirent vont nous entraîner vers un régime de type iranien ou saoudien».

Des propos confortés par le président de l’Etat, Shimon Peres, qui appelle les Israéliens à manifester contre l’extrémisme religieux, et par la cheffe de l’opposition, Tzipi Livni, dont la photo n’a jamais été publiée par un journal ultraorthodoxe, même lorsqu’elle était vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères.

En 2010, les 700 000 ultraorthodoxes d’Israël représentaient 10% de la population du pays. Cependant, selon les estimations du Bureau central des statistiques (BCS), cette proportion triplera d’ici à 2059 et c’est précisément ce qui effraie la majorité laïque. «Au début des années 90, il n’existait qu’une seule ligne d’autobus réservée aux «haredim», les «craignant Dieu», et pratiquant la ségrégation des genres. Aujourd’hui, on en compte 190 reliant toutes les grandes villes de l’Etat hébreu, malgré les lois interdisant la ségrégation», constate l’ex-ministre travailliste Uzi Baram qui plaide en faveur de la constitution d’un «front laïc» à la Knesset. Issus des communautés de Toldot Aaron et de Eda Haredit, les deux courants les plus rétrogrades de l’orthodoxie juive, les Sicaires font régner l’ordre dans ces autobus en imposant la «modestie» pour les passagères assises à l’arrière: des vêtements longs, sombres, amples et, bien sûr, l’interdiction de parler trop haut. Mais ils imposent également l’usage de trottoirs séparés et ils surveillent la «pudeur» des magasins.

Dans le courant de l’été, les commerçants de Sderot ont ainsi été contraints de signer une charte les obligeant à bannir les photos de femmes, voire à ouvrir une caisse différente pour chaque sexe. Quant au Magen David Adom (l’équivalent israélien de la Croix-Rouge), il vient de céder aux menaces en créant à Jérusalem un service d’ambulance uniquement réservé aux ultraorthodoxes de sexe masculin.

«Nous en avons assez de ces comportements moyenâgeux et violents», fulmine Merav Cohen, coorganisatrice de la manifestation de Beit Shemesh. «Libre aux Sicaires de refuser le monde moderne et de s’en tenir éloignés mais nous refusons qu’ils nous imposent leur mode de vie. Nous refusons la mentalité du ghetto. La manifestation d’aujourd’hui ne concerne pas seulement Beit Shemesh, elle concerne l’avenir de ce pays qui n’a pas été créé pour devenir une dictature religieuse coupée du reste de l’Humanité».