La situation était tendue lundi à Beyrouth, deux jours après un nouvel attentat à l'explosif en secteur chrétien. Cette attaque fait craindre un retour aux violences qui ont ensanglanté le Liban lors de la guerre civile. Une voiture piégée a explosé dans la banlieue de la capitale, faisant six blessés. Il s'agit du troisième attentat à la bombe perpétré dans les environs de la capitale libanaise en une semaine. Ces attaques ont coûté la vie à trois personnes et en ont blessé 17 autres.

Pour l'heure, les violences n'ont pas réussi à semer la discorde entre les communautés du pays, mosaïque de 18 confessions religieuses. Mais le président libanais Emile Lahoud a invité ses compatriotes à rester unis. «Le seul garant du pays est l'unité nationale», a-t-il affirmé.

Le patriarche Nasrallah Boutros Sfeïr, primat de la communauté chrétienne maronite du Liban et figure de l'opposition, a de son côté estimé que les Libanais devaient désormais choisir entre la liberté et la violence. «Les incidents […] placent (la population) à un carrefour: soit l'indépendance, la souveraineté et la liberté – et c'est ce que la plupart des Libanais souhaitent –, soit l'agitation et les difficultés.»

Les dirigeants de l'opposition ont pour leur part imputé la responsabilité de l'attentat de samedi aux services de sécurité syriens. Ils ont affirmé que ces attaques ne les empêcheraient pas de poursuivre leur campagne contre la mainmise de Damas sur leur pays. Le président pro-syrien Emile Lahoud a fait un geste dans leur direction en s'engageant samedi à coopérer avec l'ONU, «quelle que soit la formule adoptée par l'organisation internationale», pour faire la vérité sur la mort de Rafic Hariri. L'ex-premier ministre a été tué le 14 février dans un attentat à l'explosif à Beyrouth.

Lundi, un haut fonctionnaire a été dépêché à New York pour communiquer l'acceptation officielle de Beyrouth d'une commission d'enquête indépendante. D'abord opposées à toute enquête indépendante, les autorités libanaises ont changé d'avis quarante-huit heures après la publication d'un premier rapport de l'ONU, jugé «dévastateur» à l'égard des services de sécurité libanais. Le document fait état de menaces du président syrien Bachar al-Assad contre Rafic Hariri et l'actuel chef de l'opposition Walid Joumblatt. Le chef de l'Etat syrien a critiqué ce rapport et affirmé que «la sécurité du Liban n'a jamais été l'une des missions confiées à la Syrie».

Retrait syrien

Ces déclarations interviennent alors que la France, qui a pris la tête à l'ONU, avec les Etats-Unis, d'une campagne pour le départ de la Syrie du Liban, a condamné «fermement» le dernier attentat de Beyrouth. Jusqu'à ces dernières semaines, Damas entretenait environ 14 000 militaires au Liban. Mais à la suite de pressions, tant de la rue beyrouthine que de la communauté internationale, le gouvernement syrien a commencé à retirer ses troupes.

Près de 2000 membres des forces syriennes déployées dans la plaine de la Beqaa, dans l'est du Liban, ont regagné la Syrie la semaine dernière, a affirmé lundi un haut responsable militaire libanais.