Le Kosovo connaît décidément un équilibre bien précaire. Jeudi, un Serbe a été assassiné près de Mitrovica, ville industrielle du nord de la province autonome de Serbie, écartelée entre deux communautés: serbe au nord de l'agglomération et albanaise au sud (LT des 30.5 et 2.6.2006).

Le jeune Serbe de 23 ans a été tué alors qu'il rentrait chez lui à bord de sa voiture. Arrêté par un obstacle dressé sur la route, il a été criblé de trois balles. Cette tragédie réveille les inquiétudes des habitants de la région. Les graves émeutes entre Serbes et Albanais qui avaient éclaté au printemps 2004 à proximité du pont de Mitrovica avaient été provoquées par un incident du même type. Elles avaient causé un embrasement général.

Cet assassinat intervient au plus mauvais moment. Serbes et Albanais du Kosovo viennent d'ajourner mercredi les pourparlers engagés depuis février à Vienne. Les discussions ne reprendront qu'à la mi-juillet, après que l'envoyé spécial de l'ONU Martti Ahtisaari aura présenté son rapport au Conseil de sécurité des Nations unies. Dans la capitale autrichienne, les discussions n'ont toutefois pas tourné autour de l'indépendance du Kosovo, mais de la décentralisation du pouvoir, de l'économie et de la protection des sites religieux orthodoxes, nombreux au Kosovo.

Présence de la Minuk en question

Ironie de la situation: jeudi, le chef de la Mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (Minuk), Soeren Jessen-Petersen, déclarait que l'ONU préparait son retrait de la province: «La Minuk a déjà commencé à réduire le nombre de ses employés parce que nous nous préparons à quitter le Kosovo une fois conclu un accord sur le statut.» Aujourd'hui, on peut se demander si le protectorat international va être prolongé, même s'il agace de façon croissante les autorités locales qui souhaitent un transfert rapide du pouvoir. Le président kosovar Fatmir Sejdiu avouait voici quelques jours au Temps qu'il ne pensait pas «que l'ONU allait rester aussi longtemps». Il admettait que celle-ci avait commis quelques erreurs.

Dans un rapport* publié cette semaine, Human Rights Watch abonde dans ce sens. L'organisation de défense des droits de l'homme estime que la communauté internationale a raté sa mission au lendemain des émeutes de 2004. Celles-ci auraient dû inciter à instaurer une justice pénale efficace pour juger les crimes les plus sérieux. Pourtant, près de deux ans après les événements, c'est l'impunité qui semble dominer. L'incapacité d'instaurer la justice a, selon le rapport, «empêché le Kosovo de faire les progrès nécessaires pour en faire un Etat fonctionnel. Il y a un réel danger, si le statu quo de l'impunité perdure, que le Kosovo devienne un Etat en perdition dans lequel régneront l'absence de loi et l'arbitraire.»

Human Rights Watch ne mâche pas ses mots: la Minuk n'a pas manifesté une réelle volonté de tirer les leçons des événements de 2004. Résultat: la confiance des minorités (serbe, rom,) envers la présence internationale s'est sérieusement érodée. Les émeutes avaient provoqué le déplacement de 4100 personnes au Kosovo. Aujourd'hui, 1300 sont toujours déplacées. Elles préfèrent loger dans des abris misérables que retourner chez elles.

*http://www.hrw.org/reports/2006/kosovo0506/