OMS

La crainte d’une interaction de la grippe porcine avec d’autres virus

L’Assemblée mondiale de la santé a débuté lundi avec en arrière-fond la crainte d’une pandémie de grippe A(H1N1) qui pourrait, selon la directrice de l’OMS Margaret Chan, accentuer dangereusement les inégalités

«Le virus nous a peut-être donné une période de répit […]. Mais personne ne sait s’il s’agit du calme avant la tempête.» C’est dans un contexte de crise sanitaire provoquée par le virus de grippe A(H1N1) que Margaret Chan a ouvert, lundi, au Palais des Nations à Genève, la 62e Assemblée mondiale de la santé.

Le cas du Japon

La directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a exprimé, devant les 193 membres, ses inquiétudes de voir le virus de la grippe A (porcine) interagir avec d’autres virus qui circulent entre êtres humains. Elle craint par-dessus tout une interaction entre le virus de la grippe A avec celui de la grippe aviaire (H5N1) beaucoup plus virulent et mortel. Dans plusieurs pays, le virus H5N1 est désormais bien établi. «Personne ne sait comment le virus de la grippe aviaire va se comporter en présence d’un nombre important de personnes contaminées par le nouveau virus H1N1.» La préoccupation est d’autant plus vive que la présence du virus de la grippe porcine est désormais confirmée dans plusieurs pays de l’hémisphère Sud, où la période est favorable à l’apparition d’épidémies de grippe saisonnière.

La grippe A identifiée au Mexique et aux Etats-Unis en avril a contaminé rapidement de nombreuses personnes, incitant l’OMS, le 29 avril dernier, à passer à la phase 5 (sur 6) d’alerte annonçant une pandémie imminente. Après une accalmie, la diffusion du virus s’est accélérée. Lundi, 8830 personnes dans 40 pays étaient infectées et 74 décès ont été recensés, dont 68 au Mexique. Les Etats-Unis ont franchi le cap des 5000 cas avérés dans 47 des 50 Etats américains. A l’OMS, c’est le cas du Japon qui pourrait être déterminant. Si ce dernier, qui compte 125 malades répertoriés, devait révéler un foyer autonome du H1N1, l’OMS pourrait décider de passer à la phase 6, étape ultime de l’échelle d’alerte et synonyme de première pandémie de grippe du XXIe siècle. Mais certains pays, dont le Royaume-Uni, ont exprimé à Genève leur souhait de rendre plus sévères les critères pour passer à la phase 6.

Déséquilibre dangereux

Pour l’heure, le virus H1N1 est encore entouré d’une grande incertitude scientifique. José Angel Cordova Villalobos l’affirme: «Il est difficile de dire aujourd’hui si le virus vient du Mexique ou d’ailleurs.» Le ministre mexicain de la Santé a remis officiellement à l’OMS les caractéristiques biologiques de la souche du virus et la codification génétique. Ce n’est pourtant qu’à la fin mai que le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies pourra fournir une souche du virus aux producteurs de vaccins. A cet égard, Margaret Chan a déjà lancé un appel aux fabricants tout en mettant en garde: «Les capacités de production d’antiviraux et de vaccins sont […] insuffisantes pour un monde de 6,8 milliards d’habitants. Il est donc absolument essentiel que les pays ne gaspillent pas ces ressources précieuses par des mesures mal ciblées.» L’OMS ne juge cependant pas opportun de renoncer à la production de vaccins saisonniers au profit de vaccins contre la grippe A. A l’OMS, on se rend compte de l’énorme défi: mobiliser le monde de la santé contre le H1N1 sans abandonner le combat contre d’autres maladies, au risque de faire redémarrer de nouvelles épidémies.

Or la perspective d’une pandémie imminente inquiète d’autant plus les responsables de la santé qu’elle interviendrait sur fond de grave crise économique. Les systèmes de santé de nombreux pays du Sud sont mal équipés pour faire face à une telle crise. Le ministre mexicain en appelle à la création d’un mécanisme de soutien aux pays touchés afin qu’ils aient une incitation financière à divulguer en toute transparence les informations nécessaires. Quant à Margaret Chan, elle déplore que la santé ne soit pas prioritaire dans la politique de certains Etats. Elle craint que la présente crise ne place le «monde dans une situation de déséquilibre encore plus dangereuse».

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