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Samuel Petit, rédacteur en chef du Télégramme de Brest.
© Claude Prigent

Demain, quelle France? (2)

«La crainte des gens, c’est: est-ce que mon entreprise va tenir le choc?»

Rédacteur en chef du «Télégramme de Brest», Samuel Petit voit dans la Bretagne une région optimiste et en bonne santé. Malgré une réelle inquiétude sur l’avenir des entreprises locales

Le Temps: Comment se porte votre région?

Samuel Petit: Globalement, elle se porte bien, avec un taux de chômage inférieur à la moyenne et un certain équilibre social, économique et politique. Il n’y a pas de classes supérieures extrêmement fortunées et pas non plus de déclassés. Le taux d’immigration est faible. Politiquement, la Bretagne est la région la plus modérée de France, très centriste. L’éloignement, à 500 ou 600 kilomètres de Paris, a fait naître un certain volontarisme local qui l’a maintenue à flot économiquement. Les gens ont compris le danger de désertification et se sont donné les moyens de ne pas devenir un nouveau «désert français». Car même lorsqu’ils sont en conflit, les Bretons finissent par se mettre autour de la table pour, in fine, résoudre les problèmes. Une forme de modération, de souci de l’intérêt collectif fait qu’ils finissent par trouver un terrain d’entente. Cela a été le cas pour les pollutions des eaux aux nitrates, qui est aujourd’hui un problème quasi résolu.

Lire aussi notre reportage en Bretagne: Aidé par l’Etat, le Français moyen relève la tête

– Aujourd’hui, quel est l’état d’esprit des gens: plutôt dynamique? Apeuré?

– Naturellement optimiste. Mais on sent la peur d’une forme de décrochage économique. La plupart des gens travaillent dans des PME de 100, 150 personnes. Leur emploi dépend d’une petite structure. Quelque part c’est une force, comme chez vous en Suisse. Mais cela engendre aussi une crainte de se dire: est-ce que mon entreprise va tenir le choc? On a des filières prometteuses – énergies marines, aquaculture, algues, numérique – mais c’est encore fragile. On perçoit mieux ce qu’on n’a plus que ce qu’on aura. Et il y a un vrai combat à mener contre le décrochage de l’industrie agroalimentaire, qui subit notamment la concurrence de l’Europe de l’Est. Ou plutôt de la main-d’œuvre d’Europe de l’Est employée à très bas coût en Allemagne. Ce qui est sûr, c’est que les Bretons veulent garder une économie productive, qui ne soit pas basée uniquement sur le tourisme.

– Quel regard portent les Bretons sur la politique à la veille de la présidentielle?

– Le Breton veut une forme d’autonomie, mais il respecte l’Etat comme partenaire et élément central de la société. Sa défiance s’est peut-être accrue, car les gens ont compris qu’il n’y a plus de politique industrielle. Là-dessus, il y a une vraie inquiétude: les gens ont compris qu’on ne peut plus attendre grand-chose de l’Etat.

– La classe moyenne se situe à quel niveau, en Bretagne?

– Il n’y a pas de très hauts salaires, de cadres des multinationales ou de la finance. Et il y a assez peu de cadres dans les PME. Du coup, le salaire moyen est un peu plus bas que dans le reste de la France. En 2015, la moitié des ménages bretons déclarait entre 12 000 et 30 000 euros de revenus annuels.


Le Télégramme de Brest

Fondé en 1944, le quotidien breton est le sixième plus gros titre régional français (il n’était que douzième en 1995). Son tirage est de 210000 exemplaires par jour. Son site internet revendique six millions de visiteurs uniques et 18 millions de pages vues par mois.

Malgré son nom, le titre est basé à Morlaix: la ville de Brest était tellement endommagée par les bombardements en 1944 que le journal a dû être basé dans cette sous-préfecture intacte. Il est resté à Morlaix depuis. Le journal est au cœur d’un groupe diversifié comprenant environ 1000 salariés, avec des hebdomadaires locaux, des télévisions régionales, un site d’offres d’emploi et l’organisation d’événements autour de la voile notamment.

Son chiffre d’affaires est de 145 millions d’euros, dont 60 sont dus aux activités sans lien avec la presse traditionnelle. Le groupe est une entreprise familiale qui appartient à la famille Coudurier. Son concurrent direct est le mastodonte de la presse régionale française, Ouest-France.


 

Premier épisode de notre série

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