Irak

Les craintes d’une crise humanitaire majeure

Depuis des mois, l’ONU et les ONG se préparent au pire pour les civils. Amnesty International dénonce la logique des vengeances

L’offensive sur Mossoul pourrait bien provoquer la pire crise humanitaire de 2016, une année déjà riche en catastrophes pour les victimes civiles des conflits. «Dans le scénario du pire, il pourrait y avoir jusqu’à un million de réfugiés, explique Jens Laerke, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU à Genève. On estime que ces deux prochaines semaines, 200 000 personnes devraient fuir les combats, principalement vers le sud, sans rien pouvoir emporter avec elles.»

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Voici des mois que l’ONU et les ONG humanitaires se préparent à une bataille annoncée comme décisive par la coalition anti-Etat islamique mais maintes fois repoussée. L’ONU a stocké des rations de nourriture pour 220 000 familles. De quoi tenir trois jours. Mais aussi 240 tonnes de médicaments et 143 000 kits de biens de première nécessité pour les déplacés (couvertures, ustensiles de cuisine, sachets de soupe, produits hygiéniques).

Appel sans écho

Mais l’appel à l’aide internationale pour la construction de camps de réfugiés n’a pas jusqu’ici reçu l’écho espéré. «Nous voulions construire 200 000 places d’accueil, il y en a actuellement 60 000. Je vous laisse faire le calcul de ce qui nous manque», poursuit Jens Laerke. L’approche de l’hiver et de ses nuits glaciales dans le désert va encore compliquer la donne. «Cela augmente les besoins en habits, en abris, en calories.»

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pour qui l’Irak est la troisième opération la plus importante dans le monde, explique avoir de quoi répondre aux besoins en eau, en abris, en habits et en nourriture pour 300 000 personnes déplacées. «Nous avons préparé des stocks depuis des mois, explique Krista Armstrong, porte-parole de l’organisation. Nous sommes flexibles et pouvons agir rapidement.»

Une crise s’ajoute à la crise

Les craintes sont notamment de voir une crise s’ajouter à la crise: un tiers des 33 millions d’Irakiens dépendent d’une aide humanitaire et 3,3 millions d’entre eux sont déjà des déplacés internes. L’organisation Médecins sans frontières (MSF) se prépare aussi à une situation d’urgence pour l’assistance médicale. «Nous sommes déjà sur place. Le problème est que nous ne savons pas ce qui va se passer, quelle sera la dynamique du conflit», explique Olivier Maizoué, responsable de programmes à MSF Suisse.

Une autre grande interrogation est le sort qui sera réservé par les troupes irakiennes aux hommes et aux garçons qui fuiront les combats. Les expériences récentes de reprises de territoires à l’Etat islamique font craindre, là aussi, le pire. Dans un rapport rendu public ce mardi, l’ONG Amnesty International (AI) évoque un «risque de violations de masse des droits humains» dans une logique de vengeance entre confessions.

Cycle de vengeance interconfessionnelle

«Après avoir échappé aux horreurs de la guerre et à la tyrannie de l’EI, des Arabes sunnites d’Irak font l’objet d’attaques brutales de la part de milices (essentiellement chiites) et des forces gouvernementales, et sont punis pour des crimes commis par le groupe armé», écrit Philip Luther, directeur des recherches et actions de plaidoyer pour le Moyen-Orient à AI.

Après la reconquête par le pouvoir de la ville de Falloujah, en juin de cette année, des milliers de civils ont disparu, ont été torturés ou exécutés. «A l’heure où démarre la reconquête de Mossoul, il est crucial que les autorités irakiennes prennent des mesures pour garantir que ces violations choquantes ne se reproduisent pas.» De même, les Etats qui soutiennent Bagdad doivent cesser de fermer les yeux sur ces crimes, ajoutent les auteurs.

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