Le groupe de coordination des pays dont des ressortissants sont morts dans le crash du Boeing ukrainien en Iran se réunira jeudi à Londres, a annoncé lundi le ministre canadien des Affaires étrangères. Ce groupe, créé par le Canada dans la foulée du drame, réunit également le Royaume-Uni, l'Ukraine, la Suède et l'Afghanistan.

Ces pays se sont déjà parlé à deux reprises par téléphone, notamment pour réfléchir à d'éventuelles compensations financières, depuis l'accident mercredi d'un Boeing 737 de la compagnie Ukraine International Airlines, qui a fait 176 morts, dont 57 Canadiens. Les forces armées iraniennes ont reconnu avoir abattu l'avion par erreur.

«Nous avons convoqué la première réunion face-à-face du groupe international de coordination et d'intervention jeudi à la maison du Canada à Londres», a indiqué le ministre canadien des Affaires étrangères François-Philippe Champagne sur Twitter.

Les ministres des Affaires étrangères des cinq pays composant le groupe tenteront de maintenir la pression sur l'Iran pour obtenir un accès consulaire, organiser le rapatriement des dépouilles et demander une enquête transparente à l'Iran, a précisé à l'Agence France-Presse (AFP) un porte-parole du ministère.

  • Téhéran met en garde Londres contre toute «provocation»

L'Iran a, de son côté, menacé lundi soir d'expulser l'ambassadeur britannique à Téhéran, Rob Macaire, en cas de nouvelle «provocation» de Londres. Cette déclaration intervient deux jours après l'interpellation de ce diplomate que la République islamique accuse d'avoir pris part à un «rassemblement illégal».

Téhéran «appelle à la cessation immédiate de toute ingérence ou provocation de l'ambassade de Grande-Bretagne à Téhéran», indique dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères, avertissant que celui-ci «ne se limitera pas à convoquer l'ambassadeur si cette attitude persiste».

Le texte a été publié quelques heures après la convocation de l'ambassadeur d'Iran à Londres, Hamid Baeidinejad, auquel le Foreign Office a fait part de ses «vives objections» à la brève arrestation samedi soir de Rob Macaire. Le ministère iranien a convoqué dimanche Rob Macaire et lui a reproché d'avoir été présent à un «rassemblement illégal» en violation des conventions diplomatiques, exigeant que Londres fournisse «des explications».

Affirmant n'avoir «pris part à aucune manifestation» contre les autorités, Rob Macaire a assuré s'être rendu à un rassemblement annoncé comme une vigile à la mémoire des victimes qui se trouvaient à bord de l'avion ukrainien abattu le 8 janvier par les forces armées iraniennes. «J'ai quitté les lieux après cinq minutes quand certains ont commencé à lancer des slogans», a-t-il dit.

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Les relations entre l'Iran et la République islamique sont historiquement mauvaises. Pour cette dernière, le Royaume-Uni est presque autant que les Etats-Unis un représentant de l'«impérialisme» et de l'«arrogance» occidentale. «L'époque où le soleil ne couchait pas sur l'Empire britannique est depuis longtemps révolue», écrit le ministère iranien, assurant que le peuple iranien, «malgré toutes ses divergences d'opinion (...) n'accepte pas l'intervention étrangère, en particulier celle des gouvernements ayant un passé colonialiste et de soutien aux dictateurs».

  • Un rôle limité des experts canadiens 

En parallèle, l'enquête sur le crash d'un Boeing ukrainien avance. Les experts canadiens, dépêchés lundi à Téhéran, auront accès à l'épave et aux boîtes noires de l'appareil, ont indiqué des responsables canadiens.

«Nous ne connaissons pas l'étendue que notre enquête prendra» mais «notre rôle sera très limité» en vertu des règles de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), a reconnu Kathy Fox, présidente du Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada lors d'une conférence de presse. Néanmoins, «il y a des signes laissant entendre que l'Iran va permettre au BST de jouer un rôle plus actif que ce qui est normalement permis», a-t-elle dit.

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Deux enquêteurs canadiens du BST étaient attendus lundi soir à Téhéran, et deux autres doivent les rejoindre prochainement, a-t-elle dit. Ils ont été invités par l'Iran, qui mène l'enquête, pour assister au décryptage des boîtes noires du Boeing, qui enregistrent les paramètres techniques du vol et les échanges de l'équipage, a-t-elle précisé.

Les enquêteurs canadiens auront également accès au site de l'accident et pourront assister à la reconstitution de l'épave dans un hangar à proximité. Contrairement à l'Ukraine, les Etats-Unis et la France, qui participeront pleinement à l'enquête au titre de «représentants accrédités», le Canada n'aura qu'un rôle d'«expert» en vertu de l'annexe 13 de l'OACI, a précisé Kathy Fox.

 


Moody's menace d'abaisser la note de Boeing

L'agence de notation Moody's a menacé lundi d'abaisser la note de solidité financière de Boeing, jugeant que le retour en vol du 737 MAX et la reconstruction du lien de confiance avec les compagnies aériennes et le grand public allaient être financièrement «coûteux».

L'agence dit qu'elle fondera sa décision sur plusieurs facteurs, donc la date de remise en service du MAX, le retour de cet avion dans les programmes de vol des compagnies, la date de reprise de la production et des livraisons.

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Cette annonce intervient le jour même de la prise de fonction du nouveau directeur général de Boeing, David Calhoun. Ce dernier a promis une nouvelle ère d'humilité et de transparence chez l'avionneur, qui traverse la plus grave crise de ses 103 ans d'histoire à cause des déboires du 737 MAX. Ces derniers ont déjà coûté 9,2 milliards de dollars à Boeing et la facture devrait encore augmenter lors de la publication des résultats du quatrième trimestre le 29 janvier.