«Les créanciers ne veulent plus de ce régime»

Grèce Quelle que soit l’issuedu référendum de dimanche, la crise continuera

Le chercheur Gregory Claeys en dessine les ressorts

A la veille du référendum où les Grecs doivent approuver ou rejeter le projet d’accord des créanciers (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international), les sondages prédisent des résultats serrés. Mais c’est le oui, synonyme de désaveu du gouvernement grec d’Alexis Tsipras, qui se profile comme le gagnant. Dramatisé par les institutions européennes et certains Etats, le débat a tourné sur l’avenir de la Grèce au sein de la zone euro. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a ouvertement pris parti contre le gouvernement grec et a encore estimé vendredi que le pouvoir en place est discrédité. Chercheur à l’Institut Bruegel (un centre d’analyses économiques et politiques basé à Bruxelles), Gregory Claeys, peint les scénarios de l’après-5 juillet.

Le Temps: Les créanciers voudront-ils reprendre les négociations avec Alexis Tsipras si la réponse du scrutin est un oui?

Gregory Claeys: Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, ont laissé entendre qu’en cas de oui, il leur serait difficile de travailler avec le pouvoir grec en place. Plusieurs Etats européens, notamment l’Allemagne, souhaitent visiblement un changement de régime à Athènes. Un oui compliquerait sans aucun doute la situation politique interne dans le pays. Le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, devrait démissionner. Mais c’est tout le gouvernement qui pourrait rendre son tablier. Nous pourrions alors assister à la mise en place d’un gouvernement technique, voire un gouvernement d’union nationale, qui pourrait renouer le dialogue avec les créanciers, en attendant des élections générales anticipées.

– En cas de non, quelle crédibilité le gouvernement aura-il pour reprendre les négociations?

– Aux yeux de la majorité de la population, le gouvernement en sortirait conforté dans son orientation politique et économique. Mais cela ne facilitera pas la reprise des négociations avec les créanciers. Des pays comme l’Allemagne poussent déjà vers un «Grexit», c’est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro. C’est le message qu’ils donnent avant le vote. C’est une forme de chantage qu’ils exercent sur les électeurs.

– Si les Grecs disent non, la question de l’appartenance de la Grèce à la zone euro sera-t-elle posée, comme le suggèrent plusieurs dirigeants européens?

– Ils font une interprétation abusive de la question posée dans le référendum. Ni le gouvernement grec, ni les institutions européennes n’ont le mandat de pousser la Grèce hors de la zone euro. Le message des créanciers est tactique. Car personne ne souhaite de «Grexit» qui est synonyme d’incertitude, non seulement pour la Grèce mais aussi pour l’ensemble de la zone euro.

– La situation économique de la Grèce s’est-elle fortement dégradée depuis l’arrivée au pouvoir de Syriza en janvier 2015?

– Oui, forcément. Les négociations longues et conflictuelles entre le gouvernement grec et ses créanciers ont instillé une grande incertitude. Les investisseurs restent dans l’expectative, les consommateurs renvoient leurs achats et les contribuables ne payent pas leurs impôts. Les chiffres officiels disent d’ailleurs que l’économie grecque est retournée en récession. La fermeture des banques et les contrôles des capitaux en vigueur depuis lundi ne font qu’aggraver la situation; ces mesures frappent directement la consommation.

– Que se passera-t-il du côté des banques après le 5 juillet?

– Quel que soit le résultat, il ne faut pas s’attendre à une réouverture de ces établissements la semaine prochaine. Même en cas de oui, il faut que la Banque centrale européenne (BCE) se remette à injecter des liquidités aux banques grecques. Cela se fera seulement lorsque les négociations entre Athènes et les créanciers seront conclues. La BCE pourrait toutefois rouvrir graduellement le robinet de crédit si les négociations sont bien engagées. A Chypre, qui a connu une sévère crise financière en 2013, les mesures de contrôle des capitaux alors mises en place viennent d’être entièrement enlevées.

– Les dirigeants grecs de demain, quels qu’ils soient, seront-ils obligés de négocier un troisième programme d’aide?

– Oui. Le pays n’a pas les moyens de faire face à ses besoins de financement, notamment pour rembourser ses dettes. Pour les mois de juillet et d’août, il doit près de 6 milliards d’euros à la BCE, plus les 1,6 milliard d’arriérés du FMI. Et la Grèce n’est pas prête à retourner sur les marchés pour se refinancer.

– Un allégement de la dette ferait-il automatiquement partie d’un tel programme?

– Les créanciers savent que sans un allégement de la dette, le pays ne peut pas retourner sur la voie d’une croissance durable. Le montant absolu de sa dette n’est pas le problème dans la mesure où le remboursement à des taux d’intérêt préférentiel se fera sur une période relativement longue. Mais c’est le haut niveau – 175% du PIB – qui provoque une perte de confiance dans l’économie. Les investisseurs ne prennent pas de risques, sachant qu’un défaut de paiement est possible.