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Le credo de Jair Bolsonaro devant l’élite mondiale à Davos

Le président brésilien effectue son premier déplacement à l’étranger dans la station grisonne, où il passe toute la semaine. Il entend injecter une dose de néolibéralisme dans l’économie de son pays. Il souhaite surtout affranchir le Brésil de l’emprise bolivarienne

Mal à l’aise dans son manteau anthracite, Jair Bolsonaro a donné mardi une première impression de sa stature au Forum économique mondial à Davos. Le président brésilien d’extrême droite, entré en fonction le 1er janvier, s’est dit «ému et honoré» de pouvoir s’adresser à l’élite mondiale rassemblée durant cette semaine dans la station grisonne.

A la tête d’un pays que le président du WEF, Klaus Schwab, a présenté comme la huitième plus grande économie de la planète et le sixième pays le plus peuplé, Jair Bolsonaro a choisi Davos pour son premier déplacement à l’étranger. Mais ceux qui espéraient de lui qu’il présente un premier programme de gouvernement ont été déçus.

«Crise éthique et morale»

En l’absence des présidents américain et français, Donald Trump et Emmanuel Macron, ainsi que de la première ministre britannique, Theresa May, celui que certains surnomment le «Trump tropical» est devenu, un peu malgré lui, l’une des principales attractions de la semaine. Dans son allocution, l’homme fort du Brésil, qui, avant d’être élu avec 55% des suffrages en octobre dernier, était un député sans grande envergure, a martelé sa volonté de changer l’histoire du Brésil.

Rappelant qu’il avait été injustement la cible d’attaques durant la campagne électorale qui l’a néanmoins porté au pouvoir et soulignant qu’il avait mené la bataille à moindre coût (moins de 1 million de dollars), il estime être, avec son équipe ministérielle, celui qui insufflera un nouvel élan pour mettre fin à la «crise éthique, morale et politique» de son pays. Des propos qui détonnent avec les soupçons de corruption qui pèsent sur son fils Flavio Bolsonaro, qui doit entrer en fonction comme sénateur le 1er février. Une enquête ouverte par la justice en novembre 2017 s’intéresse aux mouvements suspects sur les comptes de collaborateurs du cabinet du fils Bolsonaro.

Les éloges de Mike Pompeo

Afin de rétablir la confiance dans le Brésil, le président a promis d’ouvrir au commerce international une économie qu’il juge «encore assez fermée». C’est dans cette optique qu’il appelle à une réforme de l’Organisation mondiale du commerce, actuellement dirigée par un Brésilien. Les arguments avancés par Jair Bolsonaro sonnent moins comme un discours articulé et travaillé que comme une série de points énumérés les uns après les autres. Sous l’œil attentif mais intrigué de Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international, le leader brésilien, dont l’élection a secoué l’Amérique latine et la planète entière, a promis que l’idéologie allait être rayée de la vie politique brésilienne.

Quelques minutes plus tard, il a pourtant rappelé pourquoi il était désormais au pouvoir: pour mettre définitivement fin au caractère «bolivarien» de l’Amérique du Sud et en particulier du Brésil sous les présidences précédentes de Luis Inacio Lula da Silva et de Dilma Rousseff. «Nous voulons discuter avec des gouvernements de centre droit et non des gouvernements de gauche. La gauche, ce n’est pas bon pour le continent.» La corruption est aussi au cœur de ses priorités et il compte sur l’ancien juge Sergio Moro, ministre de la Justice, pour faire le ménage.

Quelques minutes après son intervention, le chef d’Etat brésilien a eu droit aux éloges du secrétaire d’Etat américain, qui s’est exprimé devant l’élite de Davos par téléconférence en raison du government shutdown aux Etats-Unis. Pour Mike Pompeo, l’avènement de Jair Bolsonaro, du Mouvement 5 étoiles en Italie, du Brexit et d’Emmanuel Macron a provoqué une disruption positive. Jair Bolsonaro n’en attendait sans doute pas tant, lui qui a déjà obtenu le soutien d’un président américain qui apprécie de voir un «Trump brésilien».

Les charmes touristiques de la forêt amazonienne

Le président du Brésil ne le cache pas: il veut injecter une dose de néolibéralisme dans l’économie en baissant les impôts, en simplifiant la régulation, en réduisant la taille de l’Etat et en aidant davantage les PME. Il entend encourager le monde à commercer avec le Brésil et à y investir.

Climatosceptique assumé, il était attendu de pied ferme par les experts du climat dans un Davos couvert de neige et frappé par un froid glacial. Annonçant qu’il resterait fidèle à l’Accord de Paris sur le climat sous condition, il risque toutefois de provoquer un virage à 180 degrés dans son pays, qui a joué un rôle majeur dans les négociations depuis le Sommet de la Terre de Rio de 1992. A Davos, dans une hyperbole trumpienne, le chef d’Etat brésilien a lâché: «Nous sommes le pays qui préserve le plus l’environnement. L’agriculture n’occupe que 9% de sa superficie.»

Dans cette veine, il a rappelé les charmes touristiques de la forêt amazonienne, qui recouvre 30% du territoire. «C’est un exemple pour le monde.» Quelques heures après être entré en fonction, en janvier, Jair Bolsonaro décidait cependant de transférer la gestion des réserves des peuples indigènes de l’Amazonie au Ministère de l’agriculture, contrôlé par le puissant lobby de l’agro-business. Une décision qui laisse craindre, outre une protection moindre des Indiens, une reprise active de la déforestation.

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