On imagine volontiers la peine qu'ont nos lecteurs à s'y retrouver dans l'imbroglio congolais. Qu'ils se rassurent: ils ne sont pas les seuls. Ce conflit, aux contours géopolitiques, historiques et ethniques infiniment complexes, a pris de court aussi bien les chancelleries occidentales que les couloirs onusiens et les analystes avisés auxquels on ne manque pas de s'adresser lorsqu'on n'y voit plus clair, comme l'on sollicite les oracles de la pythie.

C'est sans doute le premier enseignement à tirer de ce type de guerre, dont le qualificatif à la mode est «conflit déstructuré». On y constate l'absolue incertitude et l'indéfinissable causalité. On y cherche en vain les vrais acteurs et les tireurs de ficelle. Sans trop se tromper, on croit pouvoir affirmer que personne ne maîtrise plus vraiment les effets de la guerre civile congolaise. Du moins, aucune de ces puissances occidentales dont on a vu systématiquement la main dans tous les avatars récents du continent africain. «Homme de paille» de l'Amérique, mis en place pour succéder à une autre de leurs créatures (le maréchal Mobutu), Laurent-Désiré Kabila semble à son tour fort mal pris. C'est que Pinocchio, une fois encore, a échappé à Gepeto. On prête déjà à la France un soutien secret à la rébellion. On chuchote que finalement Paris et Washington, après s'être affrontés autour de leur pré carré respectif, se sont trouvé «une position commune» sur le Congo. La vérité est sans doute plus limpide: ni l'un, ni l'autre ne sont plus en mesure de forcer le cours du destin dans cette région, ni de le prévoir.

C'est donc la mort annoncée des apprentis sorciers, occupés dans le secret de leurs chancelleries feutrées à redessiner la carte de l'Afrique à leur convenance et pour leurs intérêts. A bouger leurs pions, leurs tanks, leurs alliances et leurs barbouzes comme au Monopoly. C'est plutôt réjouissant pour l'Afrique. A condition, bien sûr, qu'elle occupe avec intelligence cet espace de liberté laissé soudain vide comme un gouffre.