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La guerre contre la drogue menée par Rodrigo Duterte fait des ravages.
© Erik De Castro/REUTERS

Genève internationale

Cri de colère contre la «dictature Duterte»

La guerre contre la drogue menée par le président populiste philippin fait des ravages. Mais elle est, selon Ellecer Carlos, un Philippin venu témoigner au Conseil des droits de l’homme à Genève, un outil pour imposer une politique autoritaire

Il avait beau être le maire de la ville de Tanauan, au sud de Manille. Il a été froidement abattu lundi en plein jour lors d’un événement de la municipalité. Le sort d’Antonio Halili a été scellé quand son nom est apparu sur une liste d’élus accusés par le président philippin d’être de mèche avec des trafiquants de drogue. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir en juin 2016, Rodrigo Duterte mène d’une main de fer une guerre contre la drogue qui aurait causé déjà plus de 20 000 morts. Parmi les victimes de la politique présidentielle, des habitants de quartiers urbains pauvres et des enfants. Maire de Davao pendant plus de deux décennies, Duterte n’en est pas à son premier coup. Il s’était déjà fait connaître dans sa ville pour ses «escadrons de la mort».

Face à ce constat, Ellecer Carlos, coordinateur de iDefend, l’Alliance des organisations des droits de l’homme philippine, est venu crier sa colère devant le Conseil des droits de l’homme (CDH) à Genève.

«Hé, fils de pute»

«Nous n’avons plus eu un régime aussi dictatorial depuis le président Ferdinand Marcos», relève l’activiste qui s’est exprimé au Palais des Nations sur la grave détérioration des droits de l’homme dans son pays. Il ajoute: «Les trois quarts de ces opérations sont menées par des vigilantes, des groupes de justiciers qui officient pour le gouvernement.» Les défenseurs des droits de l’homme qui cherchent à freiner cette politique brutale d’éradication d’un problème réel subissent eux aussi les foudres du pouvoir. «Ils sont décrits comme des terroristes», relève Ellecer Carlos.

Lire aussi: La guerre des Philippines contre la drogue clouée au pilori

La répression orchestrée par l’autocrate philippin avait donné lieu, ce printemps, à un commentaire acerbe du haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al Hussein, qui avait déclaré que Rodrigo Duterte avait besoin d’un «examen psychiatrique». La réplique du président philippin ne s’était pas fait attendre: «Hé, fils de pute, vous le commissaire, j’ai besoin d’aller chez un psychiatre?» Il avait traité le haut fonctionnaire onusien d’«écervelé».

La rhétorique vulgaire de Rodrigo Duterte n’a pas empêché 41 Etats membres du CDH, dont la Suisse, de soutenir il y a quelques jours au CDH une déclaration commune exhortant Manille à mettre immédiatement fin à la campagne d’exécutions extrajudiciaires. Ils appellent les Philippines, membre du CDH, à coopérer avec les mécanismes de l’ONU. Mais l’autocrate a ses soutiens. A l’exemple du président américain, Donald Trump, qui, lors d’une visite en novembre 2017, n’avait cessé de louer la «grande relation » qu’il entretenait avec son homologue philippin.

Effondrement des institutions

Pour Ellecer Carlos, qui s’est rendu à Berlin, Paris et Rome pour sensibiliser au problème philippin, le mal est bien plus profond. «Nous assistons à un retour de la dictature. La démocratie parlementaire philippine est en train de s’effondrer. La guerre contre la drogue n’a pas pour premier objectif de régler le problème de l’usage illégal de la drogue. C’est un outil populiste pour instaurer un agenda autoritaire et fragiliser les institutions démocratiques.»

De fait, Rodrigo Duterte peut s’appuyer sur des super-majorités dans les deux chambres du Parlement. Les Philippins ne votent plus pour des partis sur la base d’une plate-forme électorale, ils votent pour des personnalités. Nombre de politiciens ont rallié le parti présidentiel, le PDP-Laban. L’opposition est réduite à sa portion congrue. Même le pouvoir judiciaire, coopté, est à la botte de la présidence.

La menace chinoise

Ellecer Carlos note tout de même que certains Philippins deviennent critiques : «Les gens craignent que Duterte ne soit en train de vendre la souveraineté du pays à la Chine. Ils ont peur de tomber dans le piège de la dette envers Pékin comme le Sri Lanka. En deux ans, Duterte a déjà emprunté plus à la Chine que ses prédécesseurs en six ans. De plus, 40% de la main-d’œuvre pour construire les infrastructures aux Philippines viennent de Chine.»

Ellecer Carlos, dont le père s’est battu contre la dictature Marcos, voit une continuité manifeste entre le défunt dictateur et la présidence Duterte. L’activiste rappelle qu’en novembre 2016, ce dernier avait autorisé l’inhumation de l’ancien dictateur au cimetière «des héros», une décision qui «marque le début d’un révisionnisme historique».

Le pouvoir des grandes familles

D’où la question que tout le monde se pose: connaissant l’ère Marcos, pourquoi les Philippins ont-ils voté pour le populiste Duterte? La révolution Edsa de 1986 qui mit fin au pouvoir de Marcos n’a pas tenu ses promesses. La démocratisation a été relative. Les quelque 50 grandes familles du pays contrôlent toujours les leviers de la politique et de l’économie. «Même sans Duterte, on aurait sans doute hérité d’un autocrate populiste, relève Ellecer Carlos. C’est structurel.»

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