Les contribuables allemands feraient mieux de ne pas lire les prévisions de la Commission européenne, publiées lundi. Celles-ci confirment le fossé croissant entre une Europe du nord résistante face à la crise, et une périphérie où, faute de croissance, les indicateurs risquent de ne pas se redresser comme prévu.

Le document est explicite. «Alors que l’Allemagne et quelques autres pays plus petits connaissent un rebond solide, les autres se traînent derrière, notamment ceux de la périphérie» explique ce baromètre.

Le terme «périphérie» désigne tous les pays à problème dont les taux obligataires continuent de grimper, preuve de la défiance des marchés: Portugal, Irlande, Grèce et Espagne. La Commission concède que leurs efforts d’austérité budgétaire drastiques ne sont pas assurés de produire les résultats espérés en terme, notamment, de réduction des déficits publics et de l’endettement.

Un rééchelonnement de l’aide communautaire à la Grèce, qui sera réalignée sur le plan de sauvetage pour l’Irlande, est d’ailleurs en cours. Tandis que les autorités de Madrid et de Lisbonne, malgré leur détermination, «courent toujours le risque de buter sur une croissance trop faible» admet le Commissaire à l’économie Olli Rehn.

Les chiffres de la récession stagnation sont en effet sans appel: – 4,2% pour 2010 et – 3% pour 2011 en Grèce, -0,2% et + 0,7% en Espagne; +1,3% et -1% au Portugal; -0,2% et + 0,9% en Irlande. Alors que les autorités de Berlin pourront tabler, elles, sur +3,7% en 2010 et +2,2% l’an prochain.

Le cas allemand illustre le fossé ambiant. La première puissance économique de l’UE, écrit la Commission, «a déjà compensé les pertes subies durant la crise bancaire de 2008-2009». Bruxelles attribue cette résilience à la force des exportations, à l’absence de bulle immobilière ou financière, et à la compétitivité de la main-d’œuvre, conséquence des réformes des années 2000. La solidité est aussi de mise, dans la zone euro, en Finlande, aux Pays-Bas, au Danemark ou en Autriche. Et, en dehors de la monnaie unique, en Pologne, seconde «success story» due, d’après la Commission, à une demande intérieure vigoureuse dans un marché national encore assez protégé.

Une forte incertitude demeure donc, alimentée par les inquiétudes autour des deux autres grands pays de l’eurogroupe que sont la France et l’Italie. Coté Français, la prévision d’une croissance de 1,6% pour 2010 et 2011 est corrigée par l’observation d’une nette réduction des investissements et d’une demande intérieure atone. Coté Italien, le chiffre de + 1,1% pour 2010 et 2011 est attribué à une «productivité insatisfaisante» et aux «faiblesses» du marché du travail.