Les Etats-Unis entrent en lice. Les Etats-Unis, un des alliés privilégiés du Burkina, appellent l’armée à transférer le pouvoir aux autorités civiles au Burkina Faso, a fait savoir le département d’Etat. «Nous appelons l’armée à transférer immédiatement le pouvoir aux autorités civiles», a déclaré une porte-parole du département d’Etat, Jen Psaki dans la nuit de samedi à dimanche, ajoutant que «les Etats-Unis condamnent la tentative de l’armée burkinabè à imposer sa volonté au peuple du Burkina Faso».

■ 12H00. Une mobilisation ratée. Le rassemblement à l’appel de l’opposition et de la société civile dimanche à Ouagadougou a été peu suivi, avec environ un millier de personnes présentes sur la place de la Nation pour dénoncer la prise de pouvoir par l’armée, a constaté un journaliste de l’AFP.

Quelques leaders de l’opposition sont arrivés à 9 heures et l’un d’entre eux a prononcé une courte allocution de cinq minutes. «Restez vigilants pour préserver la victoire du peuple. Restez mobilisés pour les mots d’ordre à venir», a lancé à la petite foule Jean-Hubert Bazié, chef du parti Convergence de l’Espoir. «L’opposition réaffirme la nécessité d’une transition consensuelle pour ramener l’ordre constitutionnel», a-t-il aussi déclaré, avant de demander aux gens de se disperser dans le calme. Aucune unité des forces de l’ordre n’était visible sur la place.

Parmi les manifestants, essentiellement des jeunes, la déception, voire le mécontentement se faisaient sentir alors que le rassemblement a duré à peine plus d’une heure.

■ Le candidat de l’armée. Vingt-quatre heures après la chute et la fuite du président Blaise Compaoré, chassé par la rue après 27 ans de pouvoir, les hauts gradés de l’armée ont mis fin à leurs dissensions et ont désigné samedi «à l’unanimité» le lieutenant-colonel Zida, 49 ans, numéro deux de la garde présidentielle, comme chef d’un régime de transition, aux dépens de son rival, le chef d’état-major des armées, le général Nabéré Honoré Traoré, qui briguait le poste.

Se voulant rassurants pour éviter le spectre d’une junte autoritaire, les militaires ont affirmé que cette transition se ferait de manière démocratique, en concertation avec l’opposition et avec la société civile, tout en restant flous sur les modalités pratiques.

■ La société se rebelle. Mais l’opposition et la société civile du petit pays sahélien ont refusé catégoriquement une «confiscation» du pouvoir par l’armée et ont appelé à un nouveau rassemblement dimanche à 08h00 heure locale sur la place de la Nation dans la capitale Ouagadougou.

C’est la place emblématique de la contestation contre le régime Compaoré, rebaptisée par le peuple «place de la Révolution», comme dans les années 1980 au temps du président Thomas Sankara, icône du panafricanisme encore dans les mémoires de tous les Burkinabè.

«La victoire issue de l’insurrection populaire appartient au peuple, et par conséquent la gestion de la transition lui appartient légitimement et ne saurait être en aucun cas confisquée par l’armée», ont écrit les partis de l’opposition et les associations de la société civile dans un communiqué commun. Elles ont souligné dans ce document «le caractère démocratique et civil que doit avoir cette transition».

■ La diplomatie s’active. L’Union africaine a exhorté dans la soirée «les acteurs politiques et la société civile du Burkina Faso à travailler ensemble (...) pour convenir d’une transition civile et inclusive devant déboucher sur la tenue, aussi rapidement que possible, d’élections libres».

Outre ceux de l’UA, des représentants de l’ONU et de la Cédéao, l’organisation régionale de l’Afrique de l’Ouest, continuaient de mener à Ouagadougou une mission de bons offices.

L’ex-président réfugié en Côte d’Ivoire. Quant à Blaise Compaoré, après deux jours d’un soulèvement populaire qui a fait une trentaine de morts et une centaine de blessés, selon l’opposition, il s’est réfugié avec sa famille et ses proches à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, dans une résidence d’Etat pour les hôtes étrangers. Sa proximité avec le président ivoirien Alassane Ouattara est connue.

■ Calme revenu. En dépit du climat politique toujours tendu, le calme était revenu samedi dans les grandes villes du Burkina Faso, théâtres de débordements et pillages les jours précédents.

A l’appel du Balai citoyen, une organisation de jeunesse en pointe dans la mobilisation, des groupes de jeunes ont nettoyé les rues de Ouagadougou, jonchées de débris, carcasses et pneus brûlés. Dans la capitale comme à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays, les petites boutiques de quartier ont rouvert, notamment les restaurants de poulet grillé prisés des Burkinabè. Cependant à «Ouaga», le grand marché et les banques sont restés fermés. Dans les rues, les habitants, radios collées à l’oreille pour écouter les derniers commentaires, discutaient par petits groupes de la situation samedi soir.