19H00. Grande manif demain. L’opposition et société civile appellent la population à un grand meeting dimanche à Ouagadougou. Plus tôt dans l’après-midi, les partis de l’opposition et les organisations de la société civile burkinabè, réunis à Ouagadougou, ont exigé une transition «démocratique et civile», refusant la confiscation du pouvoir par l’armée après la chute du président Blaise Compaoré.

«La victoire issue de l’insurrection populaire appartient au peuple, et par conséquent la gestion de la transition lui appartient légitimement et ne saurait être en aucun cas confisquée par l’armée», selon un communiqué remis à un journaliste de l’AFP.

L’opposition et la société civile «réaffirment» dans ce texte «le caractère démocratique et civil que doit avoir cette transition» pour «permettre au Burkina Faso de respecter ses engagements régionaux et internationaux», afin d’éviter au pays d’être «mis au ban de la communauté internationale».

18H40. L’UA aussi appelle à une transition démocratique. L’Union africaine a appelé samedi à une transition «civile et consensuelle» au Burkina Faso, après la chute du président Blaise Compaoré.. La présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, «appelle les acteurs politiques et la société civile du Burkina Faso à travailler ensemble dans un esprit de consensus et de responsabilité pour convenir d’une transition civile et inclusive devant déboucher sur la tenue, aussi rapidement que possible, d’élections libres, régulières et transparentes», indique l’UA dans un communiqué.

17H00. L’espace aérien réouvert. En revanche les frontières terrestres restent fermées, ont précisé les nouvelles autorités à un journaliste de l’AFP. Le couvre-feu reste en vigueur, mais son entrée en vigueur a été repoussée de 19H00 à 22H00, pour une fin à 06H00 du matin, selon le communiqué.

■ 15H00. Accord sur le général Zida. L’armée a désigné samedi le lieutenant-colonel Isaac Zida pour conduire le régime de transition au Burkina Faso au lendemain de la chute du président Blaise Compaoré, selon un communiqué lu à la presse à l’issue d’une réunion des hauts gradés à l’état-major à Ouagadougou. «Le lieutenant-colonel Isaac Zida a été retenu à l’unanimité pour conduire la période de transition ouverte après le départ du président Compaoré» par «la haute hiérarchie (militaire), après concertation à l’état-major des armées», selon ce communiqué signé par le chef d’état-major, le général Nabéré Honoré Traoré, qui briguait aussi le pouvoir et qui reconnaît donc la victoire de son rival. Les deux hommes avaient déclaré vendredi assumer les responsabilités de «chef de l’Etat».

Le lieutenant-colonel Zida, jusqu’alors numéro 2 de la garde présidentielle, est apparu après la réunion entouré d’une quinzaine des principaux chefs militaires, l’air grave. En revanche le général Traoré, présent à la réunion, n’était pas visible.

«La forme et la durée» de «cette période de transition» «seront déterminées ultérieurement, de concert avec les composantes de la vie nationale», selon le communiqué, qui appelle les citoyens burkinabè et la communauté internationale à accompagner le nouveau régime.

La Constitution burkinabè prévoit que le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim en cas de «vacance» du pouvoir, mais le lieutenant-colonel Zida a dit dans la nuit l’avoir suspendue.

Le communiqué, lu lors d’un point presse par le chef d’état-major adjoint des armées, le général Wenceslas Pingrinoma Zagré, salue aussi la «cohésion réaffirmée au sein des forces armées». Des dissensions entre les militaires étaient apparues après le départ de Blaise Compaoré sous la pression de la rue.

12H00. Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire. Le président burkinabè déchu est à Yamoussoukro, où il s’est installé hier soir dans une résidence d’Etat pour les hôtes étrangers, selon des témoins contactés par l’AFP. «Les services de l’hôtel Président de Yamoussoukro lui ont servi le dîner hier (vendredi) et le petit déjeuner ce matin (samedi)», a témoigné un employé de cet hôtel de luxe, qui a lui-même vu M. Compaoré. Un autre habitant de Yamoussoukro a indiqué avoir vu «un long cortège d’une trentaine de voitures qui a pris la direction de la villa» des hôtes.

10H00. Le calme est revenu. La situation était calme samedi matin à Ouagadougou, la capitale, et Bobo Dioulasso, la deuxième ville du Burkina Faso, théâtres de pillages après l’insurrection qui a chassé le président Blaise Compaoré. Dans le centre de Ouagadougo, la circulation était normale et les petits commerces ouverts. Cependant le marché central était fermé, ainsi que les banques, a constaté un journaliste de l’AFP. Le 1er novembre n’est pas un jour férié au Burkina Faso. Le Mouvement citoyen, une organisation de jeunes qui a été en pointe dans la mobilisation pour faire tomber le président Compaoré, a appelé les jeunes à sortir nettoyer les débris qui jonchent la ville.

A Bobo Dioulasso, dans le Sud, la situation était également revenue au calme samedi matin. Les petits cafés et restaurants de rue étaient ouverts, ainsi qu’une station service où il y avait la queue, selon un journaliste de l’AFP.

Le général Nabéré Honoré Traoré, premier sorti du bois. Ce proche de l’ancien chef d’Etat avait fait savoir vendredi après-midi qu’il assumerait les «responsabilités de chef de l’Etat», «conformément aux dispositions constitutionnelles», quand bien même l’intérim revient au président de l’Assemblée nationale en cas de «vacance» du pouvoir, selon les termes de la Loi fondamentale burkinabè. Si cette déclaration devait être entérinée, il s’agirait d’un «coup d’Etat» qui entraînerait une «mécanique de sanctions», a réagi une source diplomatique française.

L’annonce, qui a provoqué la colère dans les rues de Ougadougou -- le général Traoré étant considéré comme trop proche de l’ancien chef de l’Etat -- a également provoqué des dissensions dans l’armée.

■ Le colonel Isaac Zida, passé à l’action cette nuit. Le numéro deux de la Garde présidentielle, à la tête d’un groupe de jeunes officiers, a multiplié les interventions, décidant dans un premier temps de la «suspension» de la Constitution. Puis il a annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes, confirmée par une source française, ainsi que la «prise du pouvoir» par «les forces vives de la nation et les forces armées nationales» qu’il représente.

Fort du soutien d’importantes composantes de la société civile, dont le «Balai citoyen», organisation en pointe dans la mobilisation anti-Compaoré, le groupe a également déclaré qu’il mettrait prochainement en place un nouvel «organe de transition» favorisant un «retour rapide» à l’ordre constitutionnel.

Dans la nuit de vendredi à samedi, le colonel Zida, devant les caméras d’une télévision privée, a à son tour déclaré qu’il «assumait» les responsabilités de «chef de la transition» et de «chef de l’Etat», invitant «l’ensemble des partis politiques et des organisations de la société civile» à définir les «contours» et «contenus» d’une «transition démocratique apaisée». Plus tard, lors d’une interview, il a qualifié de «caduques» les déclarations de son concurrent.

■ Un troisème militaire favori des Burkinabès. Ces deux hommes, au discours identique, prétendant au même poste, ont supplanté un troisième homme, le général en retraite Kouamé Lougué, pourtant favori de la foule. Les deux hommes devaient se rencontrer samedi, a-t-on appris auprès de leur entourage.

Isaac Zida s’entretiendra également avec d’autres militaires, des diplomates et des responsables politiques, a-t-on ajouté de même source.

Blaise Compaoré «en sécurité». L’ancien président burkinabè Blaise Compaoré, qui a quitté le pouvoir vendredi, se trouve «dans un lieu sûr» et son intégrité «physique et morale» est «assurée», a déclaré le colonel Isaac Zida.

La prudence de l’opposition. L’opposition ne s’est pas ouvertement positionnée. «C’est à eux de s’organiser. J’espère qu’ils vont s’entendre», a observé son chef, Zéphirin Diabré, interrogé par l’AFP au sujet de ces divisions entre militaires. «On s’attend à ce que l’armée nous dise ce qu’elle compte faire de la transition, nous leur dirons ce que nous pensons», a ajouté M. Diabré, espérant que cette transition vers un régime civil durerait moins d’un an.