Vendredi, jour de grande prière hebdomadaire à Téhéran. Du haut de sa tribune, l'ayatollah Ahmad Khatami a un message bien particulier à délivrer aux fidèles. «Ceux qui voulaient nous enfoncer dans une crise à propos du dossier nucléaire sont aujourd'hui punis par Dieu avec une récession», entonne-t-il. Capitulation du capitalisme, échec de la démocratie libérale, revanche de Dieu... Voilà maintenant plus d'une semaine que les leaders iraniens s'en donnent à cœur joie contre les Etats-Unis, en se gaussant de la récession qui affecte l'économie du «Grand Satan» américain - avec qui Téhéran a rompu toute forme de relation diplomatique depuis presque trente ans.

Pour Mahmoud Ahmadinejad, actuellement en prise avec un mécontentement croissant de la population, c'est l'occasion idéale de détourner l'attention de son peuple en prédisant «la fin du capitalisme». Depuis son élection, en 2005, le président iranien islamo-populiste n'a cessé de répéter que la démocratie libérale est condamnée à l'effondrement. Sa solution? Créer un système bancaire islamique qui «nous aiderait à survivre à la crise économique actuelle».

Il y a quelques jours, le guide suprême en personne, l'ayatollah Ali Khamenei, a donné le ton en disant que cette crise est à ranger dans l'histoire sur le même plan que la fin de l'URSS. «L'école du marxisme s'est effondrée et le son des craquements de la démocratie libérale occidentale se fait maintenant entendre», s'est-il empressé de déclarer. Quant à Manouchehr Mottaki, le ministre des Affaires étrangères, il voit, lui aussi, dans la cause de la récession actuelle «l'hégémonie de l'économie américaine».

Si les dirigeants iraniens savourent tellement cette crise, c'est qu'ils ont de bonnes raisons. Au centre de toutes les discussions, la récession actuelle a soudainement renvoyé aux calendes grecques l'épineux dossier nucléaire. En outre, l'économie iranienne reste, pour l'heure, largement épargnée par les difficultés que rencontrent les pays occidentaux. A la bourse de Téhéran, les actions, bien que légèrement à la baisse ces derniers jours, connaissent une hausse de 20% de leur valeur sur l'année. De quoi conforter les responsables iraniens.

Mais certains économistes voient dans la survie des cours de la bourse iranienne des raisons beaucoup moins «divines»: d'abord, la quasi-absence d'investisseurs étrangers sur la place iranienne; ensuite le degré très élevé d'étatisation de l'économie. De plus, la chute du prix du baril de pétrole finira, prédisent-ils, par affecter l'économie de la République islamique. Les Iraniens pourraient bien finir par rire jaune.