Les quotidiens et magazines chinois ont tous choisi depuis quelques jours de faire leur une sur la crise financière qui touche les Etats-Unis et l'Europe. Un peu pour éviter de parler de la crise du lait pollué à la mélamine mais surtout pour exprimer le trouble qui touche toute la population. Si les responsables économiques ne se sont pas gênés pour ironiser sur le professeur américain aujourd'hui au fond du trou et si les dirigeants politiques exposent une sérénité totale, la stupeur règne avant tout chez les Pékinois. «Je suis très surprise, je n'ai jamais imaginé qu'une telle crise arriverait aussi vite aux Etats-Unis», avoue Xiao Yan, une retraitée de 61 ans. «Même si de nombreuses entreprises américaines avaient avoué des problèmes financiers, je ne me doutais pas une seconde que la crise se répandrait si vite à l'ensemble du système financier américain», explique Wang He, un fonctionnaire de 45ans.

Totalement intégré

L'ironie et la critique du système américain n'apparaissent pas dans les paroles des Chinois. Peut-être est-ce avant tout en raison de la présence dans leur regard d'une légère anxiété. Si certains économistes assuraient depuis des mois que les économies américaine et chinoise étaient découplées, force est de constater que les habitants ne le pensent pas du tout. «Il y a dix ans, lors de la crise asiatique, la Chine vivait encore grandement en autarcie», rappelle Chen Yu, 32 ans, un ancien étudiant en économie reconverti dans le tourisme, qui a vécu aux Etats-Unis pendant cinq ans. «Elle n'avait donc pas souffert des turbulences financières. Aujourd'hui, la situation est bien différente: le pays est totalement intégré à l'économie mondiale et son économie dépend largement de ses échanges internationaux et donc de la santé de ses partenaires commerciaux. La Chine va donc être touchée, reste à savoir quel sera le degré du choc.»

Cette idée de répercussions négatives sur l'économie nationale n'a rien d'abstrait pour les Chinois, qui y perçoivent bien les risques pour leur quotidien. He Yan, un homme d'affaires de 45 ans, remue ainsi la tête: «Je suis partagé. D'un côté, la Chine sera moins touchée que le reste du monde par la crise; de l'autre, lorsque l'on sait combien le pays a sacrifié notamment en main-d'œuvre et en environnement pour sa croissance, je me dis que les pertes à venir ne seront qu'un grand gâchis et je suis triste.»

«Des amis qui travaillent dans un hôtel d'un grand groupe américain ont vu leur salaire diminuer de moitié depuis la fin août», assure Xu Wen, une traductrice de 33 ans. Le comportement des entreprises étrangères présentes en Chine n'est pas encore clair, mais nombre d'entre elles ont déjà commencé à réduire leurs coûts. Les départs ne sont pas remplacés depuis quelques mois et les offres d'emploi se font rares. Elles ne devraient donc pas inverser la tendance des sociétés chinoises spécialisées dans l'exportation, qui souffrent déjà depuis plusieurs mois. «Des personnes vont perdre leur emploi ici ou voir leur salaire diminuer, sans que, dans le même temps, le coût de la vie ne faiblisse, poursuit Xu Wen. Le niveau de vie de la plupart des gens va donc diminuer.»

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