L'intérêt de l'Inde pour la crise financière américaine est largement relayé par la presse locale. Les Indiens démontrent en l'occurrence leur sens de l'adaptation, avec des analystes financiers expliquant comment protéger leurs économies, mais aussi leur goût du débat, axé sur les leçons à tirer des événements.

Naturellement, les Indiens ont exprimé leur inquiétude à l'égard de leur brillante diaspora installée aux Etats-Unis. Car ils sont plus de deux millions à avoir tenté l'aventure américaine, et leur réussite est une source de fierté nationale. «La mort d'un rêve», titrait ainsi, mercredi, le quotidien Times Of India, en relatant la tragédie de l'Indien Karthik Rajaram, conseiller financier à Los Angeles. Celui-ci s'est suicidé après avoir tué son épouse, sa belle-mère et ses trois fils. D'après le journal, la crise financière l'aurait anéanti. De quoi rendre perplexes les enthousiastes et jeunes diplômés indiens.

De la droite nationaliste aux tenants de l'idéologie marxiste, l'Inde abrite des mouvances politiques si diverses qu'elles ont spontanément ressurgi à travers les réactions liées à la crise financière. Le pays est dirigé par une coalition de centre gauche, dont le premier ministre, l'économiste Manmohan Singh, a mis en place des réformes libérales. Il vient même de signer avec les Etats-Unis un accord retentissant en matière de nucléaire civil. Mais pour la gauche, la crise financière serait «la preuve de l'échec du modèle américain». Ses dirigeants ont non seulement demandé au gouvernement de freiner les réformes, mais aussi de resserrer les régulations des marchés indiens.

Des dommages inévitables

La crainte de répercussions néfastes est partagée par tous. «Je suis très inquiet par l'impact de la crise en Inde, admet Sachin Verma, négociant en vin à Delhi. Cela ne peut être que négatif: les prix augmentent et la morosité est déprimante.» Beaucoup veulent croire les prévisions des analystes assurant que l'Inde ne sera pas affectée sur le long terme. «Les marchés indiens se relèveront, mais l'ampleur de ces mécanismes économiques est effrayante», commente ainsi Alex Davis, décorateur d'intérieur, qui se défend de «mettre en cause le capitalisme américain». Certains n'hésitent pas à dénoncer la contamination de la crise américaine, jugée injuste pour les autres pays. «Les Etats-Unis méritent ce qui leur arrive, lâche Bishwadeep Moitra, rédacteur de l'hebdomadaire Outlook. Et ils ont poussé le monde entier à couper les subventions et à libéraliser les marchés. Heureusement, notre marché n'est pas assez imbriqué dans l'économie américaine pour être mis en déroute.»

Un argument repris par les autorités, qui mettent en avant la solidité du protectionnisme indien et de ses banques, mais concèdent des dommages inévitables. Les regards se tournent vers les services informatiques, secteur phare où la plupart des clients sont américains. Mais à la clé, et de l'aveu de Manmohan Singh, l'Inde émergente reste soucieuse d'un enjeu crucial: «le financement de son développement».