«Les Américains n'ont qu'à se débrouiller eux-mêmes pour régler leur crise hypothécaire», lançait il y a quelques semaines encore le président russe Dmitri Medvedev. Malgré les chutes boursières vertigineuses et le prolongement de la crise financière, les autorités russes tentent de maintenir le navire à flot en injectant des centaines de milliards de roubles dans l'économie nationale, pour soutenir notamment le secteur bancaire.

Mais la Russie a été l'un des marchés les plus touchés par l'effondrement boursier de ces dernières semaines. L'indice RTS de la bourse de Moscou a ainsi perdu plus de 60% de sa valeur depuis le début de la crise et a dû interrompre ses activités à de nombreuses reprises afin de limiter les dégâts. La chute est douloureuse pour les jeunes Golden Boys moscovites qui ont voulu profiter de leurs bons salaires pour placer quelques billes dans un portefeuille d'actions sur le marché russe. Youri, un informaticien d'une trentaine d'années, qui avait mis un petit pécule dans un fonds d'investissement, reconnaît ainsi avoir perdu «quelques milliers de dollars» depuis le début de la crise. «Il faut attendre que ça remonte», ajoute-t-il, confiant, en assurant avoir précisément choisi de placer ses économies dans le marché russe «par patriotisme économique».

«Fin du monde unipolaire»

Un «patriotisme» qui va de pair avec un discours, de plus en plus dominant en Russie, sur la fin de l'hégémonie américaine. «Les événements en Ossétie du Sud et l'effondrement de l'économie marquent la fin du monde unipolaire», assure Oleg Morozov, vice-président de la Douma. Un point de vue partagé par l'opposition libérale: «La crise économique ne marque pas la fin de l'Amérique, mais la fin de son ère de domination», renchérit l'économiste Irina Khakamada, ancienne candidate de droite à l'élection présidentielle de 2004.

Face à cette méfiance croissante sur les capacités économiques des Etats-Unis, nombre de Russes souhaitent voir l'Etat protéger les institutions bancaires du pays. La presse publiait la semaine dernière un sondage de l'agence NAFI sur les craintes économiques de la population: une majorité (57%) juge désormais primordial le soutien de l'Etat à la bonne tenue du système bancaire russe, loin devant la lutte contre l'inflation (23% des sondés), qui constituait pourtant le principal objet d'inquiétude en Russie jusqu'à l'été passé.

Un appel entendu par le pouvoir russe: vendredi, le premier ministre, Vladimir Poutine, annonçait l'injection de plus de 175 milliards de roubles (près de 7,5 milliards de francs) sur les marchés russes d'ici à la fin de l'année pour soutenir notamment les géants de l'économie - déjà semi-publics - comme Gazprom ou encore les banques d'Etat. «Repli patriotique» de l'économie russe en période de crise? «Depuis longtemps, des acteurs économiques demandent au gouvernement qu'il consacre une partie des ressources dont il dispose à l'achat de valeurs russes et non étrangères, a déclaré Vladimir Poutine devant des députés de la Douma. «Etant donné les processus compliqués actuellement à l'œuvre dans l'économie occidentale, je pense aujourd'hui que cette demande est justifiée.»