Pakistan

Crise humanitaire aiguë dans le nord-ouest

Le Centre pour le dialogue humanitaire a rassemblé lundi et mardi les responsables de la région voisine de l’Afghanistan qui compte entre 500 000 et un million de personnes déplacées

Depuis sa création en 1947, le Pakistan n’avait jamais connu une crise humanitaire aussi aiguë. Dans le nord-ouest, 30 000 personnes viennent d’être déplacées à la suite de l’opération menée par l’armée contre les combattants talibans. Mardi, les militaires ont poursuivi leur offensive dans le district de Buner pour reprendre un territoire pris la semaine dernière par les talibans en violation d’un cessez-le-feu.

La question des déplacés a été au cœur d’un atelier humanitaire organisé lundi et mardi à Genève par le Centre pour le dialogue humanitaire en présence de représentants de l’Etat pakistanais, de la Province de la frontière du nord-ouest (NWFP) et des Zones tribales sous administration fédérale (FATA). Mais aussi des agences des Nations unies, du CICR et d’autres ONG.

Le constat des participants est alarmant. Il y a dans la NWFP, plus de 500 000 déplacés. Selon Denis McNamara, conseiller au Centre de dialogue humanitaire, il s’agit là de l’un des plus importants déplacements de personnes dans le monde. Ministre des Affaires sociales de la Province de la frontière du nord-ouest, Sitara Ayaz parle même d’un million de personnes déplacées: «Cela représente 92 000 familles. De ces personnes, seules 20% sont dans des camps. Les Pachtounes sont réfractaires à ce type de structures. La situation est critique, car nos infrastructures ne sont pas adaptées et le Pakistan n’a jamais connu une telle crise. Et malheureusement, les fonds destinés au développement sont dépensés pour l’armée et la sécurité. Les civils n’en bénéficient pas.» Les chiffres sont édifiants. Selon Rahimullah Khan Yusufzai, journaliste pakistanais qui a interviewé deux fois Oussama ben Laden, le Pakistan accueille actuellement 3,5 millions de réfugiés afghans dont la grande majorité sont retranchés dans les territoires du nord-ouest.

«Ce n’est pas notre guerre»

«Il y a urgence de venir en aide aux personnes déplacées, insiste Sitara Ayaz, pour fournir de la nourriture et des abris.» Dans ce but, les participants de l’atelier humanitaire se sont rendus au Palais des Nations mardi matin pour inciter les quelque 60 Etats présents à faire des dons pour l’aide humanitaire. Sur place, celle-ci se met néanmoins en place. Commissaire à l’Aide humanitaire au NWFP, Jamil Amjad explique que plusieurs structures s’efforcent de fournir de la nourriture à tout le monde. Une soixantaine d’écoles ont même été ouvertes. Porte-parole du Programme alimentaire mondial, Emilia Casella relève que le PAM a nourri 550 000 personnes en avril et 350 000 en mars. Des problèmes de malnutrition concerneraient 21% des enfants en bas âge.

L’avenir est incertain et Zamir Akram, ambassadeur du Pakistan auprès de l’ONU à Genève s’inquiète des conséquences que pourrait avoir sur le Pakistan et la Province de la frontière du nord-ouest le renforcement des troupes américaines en Afghanistan. Les déplacements de personnes sont directement liés aux affrontements entre les talibans et l’armée pakistanaise qui ont rendu explosive la situation dans cette région voisine de l’Afghanistan.

La talibanisation de la région est un vrai casse-tête pour Islamabad. Mais Sitara Ayaz entend préciser: «Le Pakistan paie le prix fort d’une guerre contre la terreur qui n’est pas la nôtre. Et contrairement à la croyance, les Pachtounes ne sont pas des terroristes. Ils sont hospitaliers et pour la paix. Ceux qui veulent la violence, ce ne sont pas des talibans au sens propre (étudiants), mais des militants voire des criminels.»

Zamir Akram s’insurge aussi contre les accusations américaines: «Nous refusons catégoriquement la critique selon laquelle nous aurions abdiqué et ne serions pas capables de régler le problème. Mais pour agir, nous devons démocratiquement en référer à notre peuple et à notre parlement. L’usage de la force n’est pas exclu, mais c’est l’ultime option.» L’ambassadeur pakistanais estime que son pays est en train de faire les frais des huit années d’échec de la politique de George W. Bush en Afghanistan. Il dénonce l’affirmation selon laquelle Islamabad sera un jour prise par les talibans: «Je peux vous l’assurer: personne dans l’armée et le gouvernement n’est prêt à autoriser l’idéologie des talibans.» Et Zamir Akram d’ajouter à propos de l’administration Obama: «Pour l’heure, il n’y a pas de changement. Les Américains continuent d’utiliser des drones et de bombarder, provoquant beaucoup de colère au sein de la population.»

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