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Manifestation contre l'exécution de Nimr al-Nimr, ce vendredi dans la ville saoudienne de Qatif.
© STR

états-unis

La crise irano-saoudienne est un coup dur pour Washington

Alors que le chef de la Ligue arabe a dénoncé dimanche les «provocations» de l'Iran, une escalade supplémentaire entre Riyad et Téhéran pourrait anéantir les espoirs américains de résoudre la crise syrienne et de défaire l'Etat islamique. Chercheur, Stephen Kinzer conseille à l'administration Obama de ne pas choisir un camp

La crise aiguë entre Riyad et Téhéran provoquée par l'exécution le 2 janvier en Arabie saoudite du cheikh chiite Nimr al-Nimr complique singulièrement la tâche des Etats-Unis dans un Moyen-Orient décidément indomptable. Une aggravation des tensions entre le plus ancien allié arabe de Washington et l'Iran pourrait réduire à néant tout espoir américain de résoudre la crise syrienne et de détruire l’Etat islamique.

Lire aussi: En Arabie saoudite, la poudrière chiite (05.01.2016)

Si la dispute entre les deux Etats théocratiques chiite et sunnite s'explique tant par le fossé confessionnel qui les divise que par une compétition géopolitique régionale, elle pourrait avoir des répercussions bien plus profondes. Le premier ministre (chiite) irakien, Haider al-Abadi, pourrait rejouer la carte confessionnelle, au grand dam des Américains et inciter d'autres sunnites irakiens à rejoindre les rangs de Daech. Un des grands succès du second mandat de Barack Obama, l'ambitieux accord sur le programme nucléaire iranien, est lui aussi en danger.

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Depuis plusieurs jours, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, s'évertue à éteindre l'incendie et à convaincre ses homologues saoudien et iranien de calmer le jeu. Après que des manifestants ont bouté le feu à l'ambassade saoudienne à Téhéran en réponse à l'exécution de cette figure respectée de la minorité chiite d'Arabie saoudite, l'incident a conduit à une rupture des relations diplomatiques. Samedi, Riyad a obtenu le «soutien total» des monarchies du Golfe. Le bras de fer entre les deux pays intervient ironiquement quelques semaines après que les Etats-Unis avaient finalement réussi à les rassembler autour d'une même table au sujet de la Syrie dans un hôtel de New York.

Dans une tribune publiée dans Politico, Stephen Kinzer, chercheur au Watson Institute for International Studies à l'Université Brown, met en garde. L'élimination du cheikh Nimr al-Nimr avait notamment pour but de «forcer les Etats-Unis à choisir un camp». Or, selon lui, ce serait une grave erreur de se ranger du côté de Riyad au détriment de Téhéran, tout comme il serait contraire aux intérêts américains de saborder la relation avec les Saoudiens.

Le désastreux bilan saoudien

Consciente du bilan désastreux de l'Arabie saoudite en matière de droits de l'homme et de respect des libertés, l'administration américaine n'a ainsi condamné qu'en termes voilés l'exécution de Nimr al-Nimr et d'une quarantaine d'autres personnes, en majorité des sunnites. Alors pourquoi poursuivre ce qui apparaît au premier abord comme une compromission morale? Par réalisme.

La relation qu'entretiennent Washington et Riyad est ancienne. Des hommes d'affaires américains développent l'industrie pétrolière en Arabie saoudite à partir de 1933 et découvrent de l'or noir à partir de 1938. En 1945, le président Franklin Roosevelt et le roi Ibn Saoud concluent sur un navire ancré dans le canal de Suez le pacte informel de Quincy par lequel ils scellent une alliance qui résistera à plusieurs secousses, dont le choc pétrolier de 1973. Riyad apportera un soutien crucial à l'Amérique en Afghanistan pour déloger l'occupant soviétique à partir de 1979.

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Selon Steve Coll, auteur du livre Ghost Wars, Riyad a investi comme Washington près de trois milliards de dollars pour financer les djihadistes (dont Oussama ben Laden) combattant l'ennemi soviétique. L'argent saoudien était transféré par l'ambassadeur du royaume wahhabite à Washington sur le compte d'une banque suisse «contrôlé par la CIA» que l'agence de renseignement utilisait pour acheter discrètement des armes sur le marché international. La première guerre du Golfe fut un des moments forts de la relation, les Saoudiens autorisant le Pentagone à établir plusieurs bases militaires sur leur territoire.

Lire aussi: Il y a 25 ans, tempête diplomatique à l’Intercontinental de Genève (08.01.2016)

Les présidents George Bush père et fils ont développé des liens très étroits avec l'Arabie saoudite pour sécuriser l'approvisionnement de l'Amérique en pétrole. Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis dont 15 des 19 auteurs étaient Saoudiens ont néanmoins ébranlé la relation. Mais l'administration de George W. Bush fera en sorte de la préserver en classifiant 28 pages du fameux rapport de la Commission du 11 septembre 2001 qui traitent des liens saoudiens aux attentats du World Trade Center.

Avec Barack Obama, les choses vont toutefois changer. A partir de 2011, le président américain refuse d'apporter son soutien au dictateur égyptien Hosni Moubarak, confronté aux aspirations démocratiques des manifestants à l'origine du Printemps arabe. Riyad est furieux. En 2013, la Maison-Blanche renonce à bombarder le régime de Bachar el-Assad, qui vient de perpétrer des attaques chimiques contre des civils. Les Saoudiens fulminent, car leur priorité est de renverser l'autocrate (chiite) syrien.

La diplomatie multilatérale

L'apparent désengagement des Etats-Unis dans la région et la préférence que manifeste Barack Obama pour la diplomatie multilatérale plutôt que pour l'usage unilatéral de la force incite le Royaume wahhabite à douter de la pérennité du parapluie sécuritaire américain. L'accord conclu par six puissances dont les Etats-Unis avec Téhéran sur le programme nucléaire iranien suscite l'ire des Saoudiens. Les Américains, estiment-ils, contribuent à l'avènement de l'Iran comme puissance régionale. Quant au pétrole saoudien, les Américains en importent de moins en moins grâce à la révolution des gaz et pétrole de schiste outre-Atlantique.

L'exécution de Nimr al-Nimr ainsi que les lourdes interventions des puissantes forces aériennes de Riyad au Yémen révèlent une politique étrangère saoudienne qui s'affranchit en partie de Washington. Malgré cela, ni les Etats-Unis, ni l'Arabie saoudite ne sont prêts à sacrifier leur alliance. Riyad reste le premier destinataire des livraisons d'armes américaines. Pour le chercheur Stephen Kinzer, bien qu'elle promeuve l'islamisme radical, l'Arabie saoudite détient en partie les clés pour pacifier le Moyen-Orient. C'est elle et non l'Iran chiite ou l'Occident qui peuvent exercer une véritable influence sur les mouvements djihadistes.


Le chef de la Ligue arabe dénonce les «provocations» de l'Iran

Le chef de la Ligue arabe Nabil al-Arabi a dénoncé dimanche les «actes de provocation» de Téhéran. Il s'exprimait à l'ouverture au Caire d'une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'organisation panarabe, réclamée par Ryad pour dénoncer «les ingérences» de l'Iran dans les affaires des pays arabes». (AFP)

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