Des centaines de tribus amérindiennes, qui ont considérablement souffert de la crise des opiacés aux Etats-Unis, devraient recevoir 665 millions de dollars (589,82 millions d’euros) de la part de quatre grands groupes pharmaceutiques après plusieurs accords mettant fin à leurs poursuites.

Les distributeurs, McKesson, AmerisourceBergen et Cardinal Health, avaient déjà noué un accord à part avec la tribu Cherokee en septembre pour 75 millions de dollars (66,5 millions d’euros). Selon un document déposé mardi devant un tribunal, ils ont aussi accepté de verser 440 millions de dollars (390,2 millions d’euros) sur sept ans aux autres tribus amérindiennes.

Le groupe pharmaceutique Johnson & Johnson s’est, de son côté, engagé à payer 150 millions de dollars (133 millions d’euros) sur deux ans à l’ensemble des tribus, dont 18 millions (16 millions d’euros) sont destinés à la tribu Cherokee.

Les dépenses de santé ont «détourné les rares fonds tribaux d’autres besoins»

La crise des opiacés, à l’origine de plus de 500 000 morts par overdose en 20 ans aux Etats-Unis, a déclenché une salve de litiges émanant de victimes directes et de nombreuses collectivités (villes, comtés, Etats…).

A lire: L’OxyContin, l’antidouleur de Purdue Pharma par lequel la crise des opiacés est arrivée

Les tribus amérindiennes ont été particulièrement touchées, rappelle l’accord. Elles ont par exemple souffert en 2015 du plus haut taux de décès par overdose par habitant et ont aussi connu, de 1999 à 2015, la plus forte augmentation du nombre de décès de cette nature par rapport aux autres groupes de population, indique un document porté au dossier.

«Pour cette raison, les gouvernements tribaux à travers les Etats-Unis ont dû dépenser des sommes considérables pour couvrir les coûts de la crise des opiacés, y compris des coûts plus élevés pour les soins de santé, les services sociaux, de protection de l’enfance, d’application de la loi», est-il ajouté dans l’accord. Ces dépenses ont «détourné les rares fonds tribaux d’autres besoins» et ont «imposé de lourdes charges financières» aux tribus.

Un accord que les tribus doivent accepter

La tribu Cherokee prévoit d’utiliser les fonds notamment «pour étendre les traitements de santé mentale et les services associés» afin que ses membres «puissent commencer à se rétablir», a souligné dans un message transmis à l’AFP son chef, Chuck Hoskin Jr.

Douglas Yankton, président de la Spirit Lake Nation dans le Dakota du Nord, a aussi salué les accords conclus mardi. «L’argent qui va être accordé aux tribus […] va aider à mettre en œuvre des services essentiels sur les réserves, respectueux de nos cultures», a-t-il commenté dans un communiqué diffusé par le cabinet d’avocats Robins Kaplan représentant sa tribu.

Toutes les tribus reconnues par le gouvernement américain, 574 au total, pourront participer à l’accord, même si elles n’ont pas engagé de poursuites judiciaires.

L’accord «arrive à un moment critique pour répondre aux problèmes de toxicomanie et aux besoins en termes de prévention, dans la mesure où les décès par surdose de drogue aux Etats-Unis ont augmenté de près de 30% en 2020», a souligné le cabinet d’avocats. Il doit encore être accepté par 95% des tribus ayant porté plainte au prorata de leur importance, a précisé un autre avocat ayant participé aux négociations, Steven Skikos.

Des poursuites engagées par des tribus amérindiennes à l’encontre d’autres groupes sont encore en cours, a-t-il ajouté en mentionnant des chaînes de pharmacie, les fabricants de génériques Teva/Allergan et Endo, ainsi que les procédures de faillite des laboratoires Purdue et Mallinckrodt.

Johnson & Johnson n’admet pas sa responsabilité

AmerisourceBergen, Cardinal Health, McKesson et Johnson & Johnson avaient accepté l’été dernier de payer 26 milliards de dollars (23 milliards d’euros) pour solder des milliers de litiges dans le cadre d’un vaste accord avec de nombreuses collectivités.

Lire aussi: Etats-Unis: l’accord à 26 milliards sur les opiacés prêt pour la prochaine étape

Johnson & Johnson a précisé, mardi, que les 150 millions que l’entreprise avait accepté de verser dans le cadre de l’accord avec les tribus amérindiennes seraient retirés de cet accord plus global et souligné qu’il ne constituait pas «une admission de responsabilité ou d’acte répréhensible». L’entreprise «continuera de se défendre contre tout litige que l’accord final ne résoudra pas», a indiqué Johnson & Johnson dans un message.

Sollicitées par l’AFP, les autres entreprises n’ont pas précisé dans l’immédiat si les 440 millions qu’elles avaient accepté de verser collectivement aux tribus amérindiennes faisaient partie de l’accord à 26 milliards.