Atrois jours de l'intervention traditionnelle du président de la République sur les chaînes de télévision à l'occasion de la fête nationale, le programme apaisant rêvé par le gouvernement – avec la fin des manifestations sur le projet de réforme des retraites et le vote de la loi par le parlement – s'est écroulé comme un château de cartes. L'annulation des deux festivals français les plus prestigieux (Aix et Avignon) en raison de l'action des intermittents du spectacle (lire en page 3), et l'échec du référendum en Corse ont donné l'impression que le gouvernement n'avait plus le contrôle de la situation. Presque simultanément, les déclarations agressives de Jean-Pierre Raffarin à propos des socialistes ont renforcé la tension.

L'Elysée a opté pour une position de retrait. Jacques Chirac s'est contenté d'un entretien avec le journal Corse-Matin pour soutenir le oui au référendum, et d'une courte déclaration pour «regretter» son rejet. Il reste pour l'instant silencieux à propos du climat social. Des rumeurs laissent penser qu'il serait irrité par cette séquence d'événements et qu'il s'interrogerait sur la méthode du chef du gouvernement. Même s'il est prématuré de parler de crise de confiance, quelques fissures deviennent visibles.

Interrogé sur France Inter, Jean-Louis Debré, le président de l'Assemblée nationale qui est très proche du président de la République, a exprimé des critiques à peine voilées. Il a mis en question l'opportunité du référendum en Corse: les Corses ont montré «que pour répondre à leur attente, il ne fallait pas cultiver le particularisme institutionnel. […] [Ils] ont répondu qu'il y avait des questions plus importantes.» Il a déploré l'agressivité verbale dans le débat politique: «Toutes les outrances de langage, je m'en méfie. Nous avons, à droite comme à gauche, eu des outrances de langage. Essayons d'intéresser les Français aux vraies questions.» On est loin, bien sûr, d'un désaveu. Et Jean-Louis Debré a fait porter la responsabilité de la crise des intermittents sur le Medef (l'organisation patronale) qui «n'a pas fait preuve d'une capacité remarquable de dialogue social» et qui aurait pu se demander «s'il est opportun de signer à la veille des festivals et d'avoir une position très dure».

Le président de l'Assemblée nationale exprime le souci d'une partie de la majorité, inquiète du virage politique que semble prendre le premier ministre en accentuant l'antagonisme entre la gauche et la droite et en espérant venir à bout par la fatigue des protestations sociales. L'UMP est un parti unique où les anciens du RPR sont encore dominants. Mais ces derniers sont associés à des gens qui n'appartiennent pas à la même tradition politique. Jean-Pierre Raffarin est un transfuge de Démocratie libérale. Il a multiplié récemment les signes destinés à ses amis giscardiens avec lesquels il est entré en politique. Par la voix de Jean-Louis Debré (l'un des caciques de l'ancien RPR), ses alliés semblent vouloir l'avertir discrètement, mais publiquement, qu'il est temps de renouer les fils d'un dialogue mille fois promis et maintenant interrompu.