«Dieu existe bel et bien et il doit être membre du Likoud» disait en écarquillant les yeux de bonheur le député de la majorité Réuven Rivlin. Cette boutade faisait suite aux fracassantes remarques antiséfarades d'Uri Orr, considéré jusqu'ici comme le bras droit d'Ehud Barak, le leader des travaillistes. Uri Orr en est venu à affirmer que les originaires d'Orient «ne sont pas Israéliens dans leur âme» et «se désintéressent de leur environnement». Il s'en prenait aussi à ses collègues travaillistes d'origine marocaine «qui développent des réactions ethniques à toute critique légitime», assurait-il. Ces propos furent publiés dans le quotidien Ha'aretz le jour même du vote en première lecture du projet de loi de dissolution de la Knesset.

La victoire parlementaire des travaillistes (même quelques députés du Likoud ont voté pour la dissolution) aura été totalement escamotée par la résurgence au niveau de la rue des vieux démons des tensions intercommunautaires et la réapparition de forts sentiments antitravaillistes dans les masses séfarades.

Ehud Barak avait fait d'Uri Orr son lieutenant, il s'en sépare. Il l'a aussi privé de toute fonction de responsabilité. De son côté Uri Orr, conscient soudain de l'énormité de la bourde, de son manque de discernement politique, s'est excusé dans une conférence de presse, mais sans se rétracter expressément.

D'ailleurs, le mal est fait. Tout de suite après sa nomination à la tête du parti, Ehud Barak avait demandé «pardon» aux séfarades, dans l'espoir de récolter leurs suffrages aux futures élections, mais ses adjoints, eux, semblent n'avoir pas compris les leçons politiques de ces vingt dernières années. Ils paraissent ne plus se souvenir que les bulletins de vote des électeurs séfarades ont provoqué le plus grand tremblement de terre politique du pays en portant au pouvoir en 1977 le chef historique de la droite nationaliste israélienne, Menahem Begin. Les originaires d'Orient et d'Afrique du Nord traduisaient dans les urnes leur profond ressentiment envers ceux qui les avaient confinés dans les ghettos de la pauvreté et avaient cherché à les déposséder de leur identité africaine ou asiatique, à les couper de racines culturelles auxquelles ils restent profondément attachés.

Le parti travailliste, assimilé aux Ashkénazes (Européens), devait être sanctionné à cause de sa politique du mépris. Il ne s'en est toujours pas remis, malgré le retour au pouvoir de Yitzhak Rabin en 1992. Sans l'avouer vraiment, ses dirigeants continuent à garder de la rancune aux masses séfarades. Les paroles d'Uri Orr reflètent cet état d'esprit et elles provoqueront sans doute à nouveau un effet boomerang.

Démission exigée

Shlomo Ben Ami, ex-ambassadeur d'Israël à Madrid, aujourd'hui député travailliste, était personnellement visé par ces paroles. Shlomo Ben Ami réclame maintenant d'Ehud Barak qu'il contraigne Uri Orr à rendre son mandat de député, afin d'éviter au parti «d'aller au suicide». D'autres parlementaires travaillistes exigent également cette démission, comme Haïm Hamon, ou parlent carrément «d'attentat meurtrier perpétré contre le parti travailliste», comme Hagaï Meron. Quant à Eitan Cabel, il est allé jusqu'à dire crûment à Orr «Allez au diable!». Toutefois ce dernier refuse de rendre son tablier et se cramponne à son siège au Parlement dans l'espoir que la tempête autour de lui finira un jour par se calmer.

Haïm Hamon est allé jusqu'à menacer de quitter les rangs travaillistes au cas où Uri Orr n'en était pas expulsé. «Les racistes prétendent dire tout haut ce que les autres pensent tout bas, mais c'est au leader du parti, Ehud Barak, de choisir entre ses engagements envers un ami (Uri Orr) ou ses obligations auprès de l'opinion publique».

L'entourage d'Ehud Barak l'affirme néanmoins conscient que des actes de contrition ne seront cette fois-ci pas suffisants pour oblitérer la honte du parti travailliste ou éviter sa cassure ethnique.