La Croatie signe vendredi le traité d’adhésion à l’Union européenne, aboutissement d’une longue quête vers l’Europe pour ce pays issu de l’ancienne Yougoslavie, qui devra être confirmé par les Croates par référendum.

Cette signature du traité parachève une ambition nationale de longue date, mais l’enthousiasme de l’homme de la rue pour l’Europe s’est estompé avec la crise économique mondiale, qui a durement frappé le pays.

Les Croates devront se prononcer sur cette adhésion lors du référendum de ratification du traité qui sera organisé début 2012.

Moins d’enthousiasme, plus de circonspection

Caractéristique d’une certaine prudence attentiste de l’opinion publique croate, Sanja Mikacic, un professeur de 52 ans, explique qu’elle va voter «pour» l’adhésion, mais elle ajoute: «Nous allons voir ce que cela nous apportera. Quelques années seront nécessaires pour établir un bilan «coût-bénéfice.»

«Personne ne nous a expliqué ce que nous allons gagner et ce que nous allons perdre», souligne Danijel Rehak, de Vukovar (est). «Il faut qu’on sache ce qui est bon et ce qui est mauvais, pour que l’on puisse prendre une décision, ajoute-t-il. Jusqu’à présent, aucune union n’a été favorable à la Croatie.» Il fait allusion au passé de la Croatie, lié à la Yougoslavie, mais aussi à un passé plus ancien, celui de l’Empire austro-hongrois.

«Cela sera un vote de raison», prévoit une source diplomatique européenne, car les négociations d’adhésion ont été longues et les Croates «voient ce qui se passe à côté. L’Europe est beaucoup moins enthousiasmante qu’il y a quelques années», en raison de la crise actuelle dans la zone euro.

La signature du traité, prévue lors du sommet des dirigeants européens à Bruxelles, intervient vingt ans après la proclamation d’indépendance de la Croatie, qui a été suivie d’une guerre de quatre ans (1991-1995) contre les rebelles serbes soutenus par Belgrade.

«Ce rêve que nous avons fait pendant si longtemps se réalise», a déclaré récemment la première ministre croate sortante, Jadranka Kosor, qui signera le traité avec le président croate, Ivo Josipovic.

La manne très attendue des fonds structurels

De sources diplomatiques, on relève que la Croatie «est bien mieux préparée que la Bulgarie et la Roumanie», dont l’adhésion en 2007 a révélé de nombreuses insuffisances.

Mais on souligne de mêmes sources que la Croatie va devoir encore d’ici à 2013 mieux se préparer, notamment au niveau local, pour pouvoir utiliser et absorber les fonds structurels européens, destinés au développement économique et régional. Et ces fonds sont considérables, de l’ordre de 3,5 milliards d’euros sur deux ans à partir de 2013.

La récession économique qui frappait depuis début 2009 ce pays de 4,2 millions d’habitants s’est interrompue à la mi-2011 et la banque nationale table sur une légère croissance d’environ 0,5% en 2011. Le chômage touche 17,4% de la population active.

Des analystes économiques insistent sur la nécessité d’une réforme du généreux système d’aide sociale, sur l’allégement de la bureaucratie qui décourage les investisseurs et sur les mesures susceptibles d’augmenter la compétitivité de l’économie.

Deuxième pays membre de l’ancienne Yougoslavie

La Croatie est la seconde des six anciennes républiques yougoslaves à adhérer à l’UE, après l’adhésion slovène en 2004.

Sa marche vers l’Europe a véritablement commencé après la mort, fin 1999, de Franjo Tudjman, l’autoritaire et nationaliste président croate considéré par beaucoup en Croatie comme le «père de l’indépendance».

Un gouvernement de centre gauche, qui a dirigé le pays entre 2000 et 2003, a entamé la transformation du pays en une véritable démocratie proeuropéenne.

Et Zagreb a entamé ses négociations d’adhésion à l’UE en 2005. Des négociations longues et difficiles, marquées notamment par un différend frontalier avec la Slovénie, tandis que Bruxelles insistait sur davantage d’efforts dans la lutte contre la corruption. Elles se sont achevées en juin dernier.