La Commission européenne a émis mardi un avis favorable à la candidature européenne de la Croatie, première étape vers l'adhésion de ce pays à l'Union et un nouvel élargissement en direction des Balkans. La décision de Bruxelles représente une grande victoire politique pour le nouveau premier ministre croate Ivo Sanader. Vainqueur des élections de novembre dernier, le chef de file de la droite croate a fait de l'intégration européenne son objectif prioritaire. En ce sens, il a pris des mesures symboliques fortes, en appelant les réfugiés serbes à revenir vivre en Croatie. Le commissaire européen Chris Patten a déclaré que la Croatie satisfaisait les «critères de Copenhague» touchant la démocratisation et les droits des minorités.

La coopération avec le Tribunal pénal international de La Haye constitue toujours le dossier le plus sensible pour la candidature européenne de la Croatie. Depuis son entrée en fonction, Ivo Sanader a facilité la reddition de huit inculpés croates devant le TPI. «Nous avons consulté la procureure générale Carla Del Ponte, qui nous a affirmé que Zagreb coopérait pleinement avec le Tribunal», a expliqué Chris Patten. Ce satisfecit donné par La Haye à la Croatie risque d'être fort mal interprété dans les autres pays de la région, notamment en Serbie et en Bosnie-Herzégovine, alors que l'inculpé croate le plus célèbre, le général Ante Gotovina, est toujours en fuite.

Pleine coopération avec le TPI

Les officiers croates qui se sont récemment constitués prisonniers devant le TPI doivent cependant répondre de crimes de guerre commis durant les guerres de Croatie et de Bosnie. Les opérations militaires auxquelles ces officiers ont pris part sont qualifiées «d'entreprises criminelles» par le tribunal, alors que le discours officiel de Zagreb parle toujours de «guerre de libération». En engageant une pleine coopération avec le TPI, par souci de favoriser la candidature européenne de son pays, le premier ministre Sanader a donc ouvert la voie à une réécriture de l'histoire récente de la Croatie.

La Croatie doit désormais s'atteler en priorité à une amélioration des fondamentaux de son économie. Le pays se débat toujours avec une dette extérieure de plus de 20 millions d'euros, mais la Croatie peut compter sur la manne que représente un tourisme en pleine expansion. Le commissaire à l'élargissement, Günter Verheugen, a estimé que la Croatie avait «une économie de marché fonctionnelle» et se trouvait dans une situation économique «beaucoup plus favorable» que la Roumanie et la Bulgarie, qui doivent rejoindre l'Union dès 2007.