Le Conseil supérieur des forces armées (CSFA) tient le rôle principal dans la crise qui secoue l’Egypte depuis un an et demi. Qui sont les militaires à la tête du pays et que veulent-ils? Formé d’une vingtaine de généraux, le CSFA, état-major de l’armée au fonctionnement opaque, a été établi en 1973 – lors de la guerre du Kippour qui opposait Israël à une coalition de forces égyptiennes et syriennes – et dirigé successivement par les présidents Sadate et Moubarak.

Le 10 février 2011, la veille de la chute du raïs, il se réunit pour la première fois en l’absence du chef d’Etat, sous la direction du maréchal Tantaoui, ministre de la Défense. Le lendemain, Hosni Moubarak annonce qu’il s’en va et le CSFA prend le pouvoir dans ce qui s’apparente à un «coup d’Etat militaire», selon le spécialiste de l’Egypte Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS. Il ajoute: «L’armée avait deux options: sauver le président en réprimant le mouvement populaire pour une issue incertaine, ou préserver ses intérêts en sacrifiant la figure du régime.» La seconde l’emporte.

Depuis, le maréchal Tantaoui dirige l’Egypte de facto. L’homme de 77 ans, surnommé le «caniche» de Moubarak, a pris part à toutes les guerres majeures qu’a connues l’Egypte ces 60 dernières années. Depuis sa nomination au poste de ministre de la Défense en 1991, il s’est montré fidèle à l’immobilisme prôné par le régime, opposé à toute réforme susceptible de menacer la stabilité du pays. Dans le feu du soulèvement, il présentera pourtant l’armée comme la garante de la révolution et promettra une transition démocratique rapide. A ses côtés, le général Sami Enan, 64 ans, s’impose comme une figure incontournable. Invité régulier du Pentagone, il est devenu le principal interlocuteur des différentes forces qui ont émergé sur la scène politique.

Rivalité

Dans les mois qui ont suivi la chute du raïs, les galons des généraux ont pâli, l’euphorie des débuts a laissé place à la colère contre l’élite militaire, qui s’est montrée au moins aussi répressive que la police sous l’ère Moubarak et tout aussi obsédée par la préservation de son emprise économique.

L’armée égyptienne dispose d’un budget estimé en 2010 à 4,56 milliards de dollars, auquel s’ajoute 1,3 milliard d’aide américaine par année. Jusqu’ici, le pouvoir législatif n’a jamais eu le droit de regard sur les dépenses de l’armée et ses secrets sont restés bien gardés, puisque tous les présidents qui ont succédé à la monarchie étaient issus de ses rangs. Un accord tacite voulait que, tant que le président restait militaire, l’armée ne s’occupât pas de politique. La perspective de voir une autre élite, civile et islamiste de surcroît, celle des Frères musulmans, accaparer le pouvoir, crispe les généraux.