Amériques

Cuba - Etats-Unis: percée diplomatique historique

Barack Obama a annoncé mercredi de la Maison-Blanche que Cuba et les Etats-Unis allaient rétablir leurs ambassades respectives

Cuba - Etats-Unis: percée diplomatique historique

Amériques Les deux pays annoncent le rétablissementde leurs relations rompues depuis 1961

Un vestigede la Guerre froide disparaît

Le secrétaire d’Etat John Kerry sera à La Havane, le 20 juillet prochain, pour hisser le drapeau américain devant ce qui a été jusqu’ici la Section des intérêts américains. Le président américain Barack Obama a annoncé mercredi de la Maison-Blanche que Cuba et les Etats-Unis allaient rétablir leurs ambassades respectives. Le moment est historique. Il met fin à 54 ans de rupture des relations diplomatiques entre les deux pays qui furent des ennemis jurés durant la Guerre froide.

Le 3 janvier 1961, à peine deux ans après la révolution cubaine, Dwight Eisenhower décidait de rompre radicalement avec le régime de Fidel Castro en espérant que la rupture n’allait pas durer. Or Cuba va vite devenir un jouet de la Guerre froide avec l’aide de l’Union soviétique qui a voulu en faire la vitrine tropicale du communisme qu’elle prêchait. S’affranchissant de cette histoire, Barack Obama a souligné que «les progrès célébrés aujourd’hui prouvent que nous n’avons pas à être prisonniers du passé». La politique américaine d’ostracisation de Cuba menée pendant un demi-siècle «n’a pas marché». Il était temps de changer.

Le président démocrate en est convaincu: «La meilleure manière de soutenir nos valeurs passe par notre engagement.» A l’échelle de la politique étrangère américaine, nombre d’observateurs placent cet événement au niveau de l’ouverture à la Chine opérée par le président Richard Nixon en 1972, même si Cuba reste un petit pays de 11 millions d’habitants et qu’il joue un rôle somme toute modeste sur la scène internationale.

Le rétablissement des ambassades est le produit de près de trois ans de discussions secrètes et de négociations. Peu après sa réélection en 2012, Barack Obama a mandaté une équipe pour entamer des pourparlers sur les relations américano-cubaines. Des négociations formelles ont commencé peu après l’annonce faite par Barack Obama et le président cubain Raul Castro, le 17 décembre dernier.

Pour la Suisse, ce début de normalisation a des conséquences. Elle perd son mandat de puissance protectrice. Depuis le 6 janvier 1961, elle représente les intérêts américains à Cuba, même si son mandat fut revu à la baisse avec l’installation d’une Section des intérêts américains dans la capitale cubaine sous Jimmy Carter. Depuis 1991, elle représente les intérêts cubains à Washington. Dans un communiqué, le Département fédéral des affaires étrangères souligne que le rôle de puissance protectrice exercé par la Confédération «a contribué au rapprochement entre les deux pays».

Aussi important soit-il, le rétablissement des ambassades n’est toutefois que le premier pas vers une normalisation des relations entre La Havane et Washington. Barack Obama n’a pas caché que Washington n’hésitera pas à souligner ses divergences avec Cuba en matière de respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, toujours malmenés sur l’île des Caraïbes. Mais dans la capitale américaine, le locataire de la Maison-Blanche va devoir affronter une opposition républicaine sans répit, ce d’autant que l’Amérique entre dans une période pré-électorale. Le sénateur républicain de Floride Marco Rubio, candidat à la présidentielle de 2016, le promet: il fera tout pour bloquer la nomination d’un futur ambassadeur à Cuba. L’administration devrait néanmoins pouvoir contourner cet effort d’obstruction en maintenant sur place Jeffrey DeLaurentis, actuellement chef de la Section des intérêts américains et bénéficiant déjà d’un titre d’ambassadeur.

Dominant le Congrès, les républicains vont toutefois s’appliquer à ne pas allouer les fonds nécessaires pour gérer la future ambassade. Ex-ambassadeur de George W. Bush, Roger Noriega est très critique: «Le président a trompé le peuple américain. […] Nous ne devons pas rabaisser nos valeurs, dit-il, pour lever le drapeau américain à La Havane.»

A Little Havana, à Miami, plusieurs exilés cubains ont dénoncé «l’infamie» que représente la réouverture des deux ambassades. Ils ne sont toutefois plus représentatifs de toute la diaspora cubaine forte de près de 2 millions de personnes aux Etats-Unis. Les jeunes générations d’Américains d’origine cubaine sont largement favorables à l’ouverture, à l’image des Américains dont deux tiers soutiennent la politique d’engagement de l’administration Obama.

Le président démocrate a réitéré son appel au Congrès à lever l’embargo contre Cuba, en place depuis 1962. Entre Cuba et les Etats-Unis, les relations s’améliorent mais des tensions demeurent. Mercredi, La Havane exhortait Washington à cesser l’arrosage de Cuba avec des télévisions et radios considérées comme des moyens «subversifs» contre le régime castriste. Il exige toujours la restitution de la base navale de Guantanamo.

Barack Obama, lui, est persuadé que la multiplication des contacts (touristes, diplomates, universitaires) va contribuer à une démocratisation de l’île. Il espère collaborer avec les Cubains dans la lutte contre le terrorisme et dans les situations de catastrophes.

Deux tiersdes Américainssont favorables à la politique d’ouverture envers La Havane

Publicité