Amérique latine

Cuba au temps des assiettes vides

Un an après le retrait partiel de Raul Castro, le nouveau chef de l’Etat, Miguel Diaz-Canel, peine à imposer sa marque. Pendant ce temps, le pays s’enfonce dans une crise économique proche de celle qu’a connue le pays après la chute de l’URSS

«Miracle! J’ai pu acheter un poulet et un paquet de saucisses à hot-dog. Deux heures de queue pour accéder au rayon de la Shoppy [ndlr: Shopping, le magasin] et ensuite une autre heure pour payer», soupire Miriam*, une Havanaise de Kohly, un quartier cossu de la capitale. Voilà la réalité quotidienne des Cubains un an après l’élection du président Miguel Diaz-Canel. Des Havanais les plus aisés s’entend. Car, à 3,5 pesos convertibles (CUC, 3,52 francs) les trois cuisses de poulet congelées, ce commerce est inabordable pour la majorité des habitants. Pire, ces cuisses de poulet, même rachitiques, sont rares. C’est la révolution des pénuries.

«No hay»

Radio Bemba [ndlr: la rumeur] reste le seul secours au manque. «Il y a des œufs à Alamar», dit-elle aujourd’hui. Résignés, les Havanais prennent leurs jambes à leur cou. Ils s’entassent dans le bus P11, l’une des lignes les plus surchargées de La Havane, pour se rendre dans cette triste cité de banlieue. Cuba a faim, sans famine. Cuba grogne, sans se révolter. Jamais le «no hay (il n’y a pas)», la phrase la plus employée par les Cubains, n’a sonné aussi juste.