Etats-Unis

La cuisante défaite de Trump dans le Wisconsin relance les primaires républicaines

Le milliardaire new-yorkais n'a plus le vent en poupe. Son échec de mardi pourrait signifier le début de son déclin. Du côté démocrate, l'écrasante victoire de Bernie Sanders met Hillary Clinton sous forte pression dans l'optique de la primaire de New York

Les commentateurs le prédisaient, les sondages le laissaient entendre. Mardi, Donald Trump a subi une cuisante défaite lors de la primaire du Wisconsin. Le milliardaire new-yorkais, actuellement en tête de la course à l’investiture républicaine, a obtenu 33,7% des votes dans cet Etat du Midwest où vit le jour le Parti républicain.

Ted Cruz est le grand vainqueur de la soirée, remportant 49,4 % des votes. Le sénateur texan, qui a le soutien des ex-candidats présidentiels républicains Jeb Bush et Scott Walker, met désormais Donald Trump au défi d’obtenir les 1237 délégués nécessaires pour décrocher automatiquement l’investiture du parti à la convention de Cleveland de juillet. Pour le magnat de l’immobilier, la tâche se complique considérablement. Il devrait désormais gagner 61 % des délégués en jeu lors des primaires restantes.

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La probabilité d’une convention contestée, sans candidat qui s’impose, devient très élevée d’autant que le vainqueur du soir, Ted Cruz tout comme le troisième candidat John Kasich sont mathématiquement presque dans l’impossibilité d’obtenir le nombre magique de 1237 délégués. Il faut remonter à 1976 pour trouver le même cas de figure. Lors de la convention républicaine, Gerald Ford, qui avait accédé à la présidence après la démission de Richard Nixon, n’avait pas réussi à s’imposer lors des primaires. Il avait dû se battre face à Ronald Reagan pour finalement être investi par le Parti républicain pour aller affronter le démocrate Jimmy Carter.

L'establishment républicain mène la danse 

A Cleveland, à partir du 18 juillet, tout devient possible. Le gouverneur de l’Ohio John Kasich (14,4%) compte sur ce rendez-vous pour imposer une candidature qu’il juge la seule à même de battre Hillary Clinton si cette dernière devait être investie par le Parti démocrate pour la présidentielle du 8 novembre prochain. Les négociations en coulisses seront sans doute animées. Même s’il arrive dans la ville de l’Ohio avec le plus grand nombre de délégués, Donald Trump est loin d’avoir la partie gagnée. L’establishment républicain pourrait oeuvrer pour écarter le New-Yorkais de la course à la Maison-Blanche et choisir un candidat qui n’a pas disputé les primaires comme Paul Ryan, l’actuel président de la Chambre des représentants et ex-colistier de Mitt Romney lors de la présidentielle de 2012. Même Ted Cruz aura de la peine à s'imposer face à tout l'establishment républicain.

Plusieurs facteurs peuvent en partie expliquer le cuisant échec de Donald Trump. Si l’électorat du Wisconsin comprend des blue collars, des ouvriers de l’industrie, il est aussi composé d’une proportion supérieure à la moyenne nationale d’électeurs ayant une solide formation. Le New-Yorkais a toujours obtenu ses meilleurs scores auprès des moins bien formés. Les évangéliques représentent 42 % des républicains ayant voté mardi, un chiffre qui n’est pas favorable à Donald Trump dont la solidité de ses valeurs religieuses est parfois remise en question. Enfin le Wisconsin, à l’image de l’Iowa et du Kansas, explique Nate Cohn dans le New York Times, est habité, d’un point de vue ethnique par de nombreux descendants de Scandinaves, de Néerlandais, d’Allemands et d’Anglais qui ne se retrouvent pas dans la vulgarité et l’agressivité du candidat Trump.

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Ce dernier a contribué lui-même à sa descente en enfer dans le Wisconsin. Depuis deux semaines, il a multiplié les polémiques qui ont fini par questionner sa capacité à se faire élire à la Maison-Blanche. Il a changé cinq fois d’avis au sujet de l’avortement, déclarant un jour qu’il fallait même punir les femmes qui effectueraient une interruption volontaire de grossesse dans un contexte où celle-ci ne serait plus légale (elle l’est depuis l’arrêt de la Cour suprême de 1973 Roe vs Wade). Il a estimé nécessaire que les Etats-Unis se désengagent de la défense d’alliés comme le Japon et la Corée du Sud et que ces derniers acquièrent l’arme nucléaire au besoin. Il a enfin choqué les militaires et les alliés de l’Amérique en fustigeant l’Alliance atlantique, inadaptée à ses yeux pour combattre le terrorisme.

Le clan Clinton sous pression face aux victoires de Bernie Sanders

Du côté démocrate, la victoire écrasante de l’outsider Bernie Sanders (56%) met une nouvelle fois en relief les grosses difficultés de la candidate Hillary Clinton (43,7%) qui peine à faire oublier ses erreurs du passé. L’affaire de sa messagerie privée qu’elle utilisait exclusivement quand elle dirigeait la diplomatie américaine continue de saper son assise, d’autant qu’il est apparu, dans une enquête du Washington Post, qu’elle était au courant de tous les risques de recourir à un serveur privé installé dans le sous-sol de sa résidence dans l’État de New-York.

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Le message de Bernie Sanders a beau paraître utopique en termes de faisabilité, il résonne auprès d'un électorat fatigué par un système politique américain où l’argent des lobbies coule à flot. Il met aussi en évidence les faiblesses de son adversaire Hillary Clinton. Le sénateur du Vermont n’hésite jamais à souligner que l’ex-secrétaire d’État a tenu, une fois son mandat au Département d’État achevé, des discours auprès d’établissements de Wall Street comme Goldman Sachs payés jusqu’à 600 000 dollars. Bernie Sanders s’amuse à relever que rémunérés de la sorte, de tels discours devaient être quasi « shakespeariens ». Le camp Clinton est maintenant sous pression. La crainte est que la candidate perde la primaire de New York le 19 avril prochain. Pour Hillary Clinton, une telle défaite serait extrêmement préoccupante. Avant d’être secrétaire d’État, elle était en effet sénatrice de New York.

Les deux favoris des primaires, Donald Trump et Hillary Clinton, sont en difficultés. La primaire du Wisconsin confirme ce qui a déjà pu être constaté l’automne dernier déjà: rien n’est joué dans une campagne électorale qui ne cesse de surprendre.

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